Nord du Maroc : L’Étau des Eaux se Resserre sur Ksar El Kebir, les Barrages à la Limite de la Rupture
Le nord du Maroc retient son souffle. À peine Ksar El Kebir et Mechraa Bel Ksiri pansent-elles leurs plaies des récentes inondations que de nouvelles intempéries menacent de frapper la région. L’inquiétude est palpable : les barrages, poumons hydriques du pays, atteignent des niveaux d’alerte inédits. Oued El Makhazine, en particulier, affiche un remplissage qui dépasse déjà sa capacité nominale, transformant chaque goutte de pluie annoncée en une source d’angoisse collective.
Par Amine Bouwafoud
Le 2 février 2026 à 19h49 | Modifié le 2 février 2026 à 20h34
Un répit éphémère avant la nouvelle offensive des cieux
Un souffle d’optimisme avait timidement émergé à Ksar El Kebir ce week-end (1er et 2 février 2026), la décrue s’amorçant grâce à une accalmie météorologique. Les efforts conjugués des autorités locales et des Forces Armées Royales (FAR) ont permis une intervention rapide et efficace. Cependant, l’horizon s’assombrit à nouveau. À Mechraa Bel Ksiri et Jorf El Melha, le niveau de l’Oued Sebou et de son affluent, l’Oued Ouergha, ne cesse de monter, entraînant la fermeture de plusieurs axes routiers et isolant des communautés.
Vigilance rouge et pluies torrentielles annoncées
La semaine à venir s’annonce comme un véritable test pour le pays. Une alerte rouge a été décrétée pour la région du Nord, anticipant un épisode pluvieux d’une intensité exceptionnelle. Entre 100 et 150 mm de précipitations sont attendus sur des provinces déjà fragilisées comme Larache, Chefchaouen et Tanger-Assilah. Cette perspective est d’autant plus préoccupante que les barrages d’Oued El Makhazine et Al Wahda, malgré des lâchers d’eau réguliers, affichent des niveaux proches de leur capacité maximale. La question de la résilience de ces géants d’ingénierie face à un tel déluge se pose avec acuité, bien que leur surveillance soit constante et rigoureuse.
Anatomie d’une catastrophe annoncée : Quand la nature se déchaîne
Les inondations dévastatrices de la dernière semaine de janvier 2026, qui ont submergé Ksar El Kebir et Mechraa Bel Ksiri, ne sont pas le fruit du hasard. Elles sont la conséquence directe de précipitations d’une intensité rare, pulvérisant les moyennes saisonnières. Chefchaouen, par exemple, a enregistré plus de 170 mm de pluie entre le 26 et le 29 janvier, tandis que Larache subissait 90 mm sur la même période. Cette fureur céleste a déversé quelque 518 millions de mètres cubes d’eau dans le bassin du Loukkos, une quantité colossale, témoignant d’une pluviométrie concentrée sur un laps de temps anormalement court – une signature inquiétante du changement climatique.
Topographie et hydrologie : Un cocktail explosif
À Ksar El Kebir, les premières crues ont débuté dès le 23 janvier à l’est de la ville, via l’Oued Aital, avant que l’intensification des pluies ne provoque le débordement de l’Oued Loukkos. La topographie locale, caractérisée par de nombreuses collines, agit comme un catalyseur, accélérant le ruissellement et générant des ravins impétueux qui gonflent brutalement les cours d’eau. Des localités comme Rissana (est de Larache), Houafate (sud de Mechraa Bel Ksiri) et les zones en aval du barrage Al Wahda ont été les premières victimes de cette dynamique implacable. Si l’Oued Loukkos a depuis amorcé une décrue, retrouvant son lit majeur au 2 février 2026, la situation reste critique pour l’Oued Sebou et l’Oued Ouergha, dont les niveaux demeurent alarmants. L’imminence d’un nouvel épisode pluvieux, d’une violence comparable, maintient la région dans un état de haute alerte.
Les géants de béton à l’épreuve : La semaine de tous les dangers pour Oued El Makhazine
La gestion des barrages au Maroc fait face à un défi historique. Si le Ministère de l’Équipement et de l’Eau, ainsi que l’Agence du bassin hydraulique du Loukkos, se veulent rassurants concernant les barrages d’Al Wahda et de l’Oued Loukkos, l’attention se tourne avec anxiété vers Oued El Makhazine. Ce colosse, dont le niveau excède déjà sa capacité nominale (comme en attestent les images satellitaires du 1er février 2026), est au cœur de toutes les préoccupations. L’afflux quotidien de 100 à 200 millions de m³ d’eau durant le dernier épisode pluvieux – l’équivalent de la consommation annuelle d’une métropole marocaine – illustre l’ampleur de la pression.
Sécurité des ouvrages : Entre surveillance et scénarios extrêmes
Bien que la structure d’Al Wahda tienne bon, les crues actuelles sur l’Oued Ouergha pourraient imposer des lâchers d’eau contrôlés, essentiels pour la gestion des débits. Dans l’éventualité d’une intensification des précipitations, le spectre de crues en aval plane, exigeant une résistance maximale de ces infrastructures vitales. Il est crucial de souligner que le risque d’effondrement est formellement écarté : chaque barrage est doté de systèmes de sécurité robustes, incluant des évacuateurs de crues pleinement opérationnels et des vidanges de fond pour la purge des sédiments. La vigilance est absolue, mais la nature, elle, ne connaît pas de limites.
Lâchers d’eau contrôlés : Une nécessité technique sous le feu des critiques
Avec un taux de remplissage atteignant 159% de sa capacité, le barrage Oued El Makhazine se dresse comme un rempart essentiel pour la région, son rôle protecteur étant indéniable. L’idée que son absence aurait épargné Ksar El Kebir et ses environs est une chimère : les conséquences auraient été bien plus dramatiques. Malgré cette saturation exceptionnelle, le barrage maintient ses fonctions de vidange avec une efficacité remarquable, un témoignage de la robustesse de son ingénierie.
Entre science et impératifs : La délicate équation des lâchers
La gestion des lâchers d’eau en période de crue est un exercice d’équilibriste, d’une complexité rare. Les opérations de régulation ont déjà permis d’évacuer un volume colossal de 281 millions de mètres cubes – l’équivalent d’un barrage de taille moyenne. Ces manœuvres, loin d’être arbitraires, sont l’unique recours pour maîtriser les volumes d’eau emmagasinés. Elles s’appuient sur un modèle scientifique d’une rigueur implacable, intégrant des données météorologiques, hydrologiques et topographiques précises. Chaque décision est calculée pour minimiser les risques en aval, dans un contexte où la marge d’erreur est inexistante.
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