Maroc-Italie : Une alliance séculaire
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Maroc-Italie : Une alliance séculaire forgée au XIXe siècle, bien au-delà des clichés

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L’Épopée Oubliée : Quand le Maroc et l’Italie Scellaient leur Destin au XIXe Siècle

Si l’histoire des liens entre le Maroc et les puissances ibériques, l’Espagne et le Portugal, est largement documentée au fil des siècles, celle qui unit le royaume chérifien à l’Italie demeure souvent dans l’ombre. Pourtant, une exploration minutieuse des annales révèle une coopération riche et profonde, dont les racines plongent au cœur du XIXe siècle, bien avant l’avènement du Protectorat français. C’est en 1825 qu’un traité d’amitié et de commerce, véritable acte fondateur, a officiellement scellé cette relation bilatérale, posant les jalons d’une entente durable.

Des fondations diplomatiques solides

Loin d’être un acteur tardif sur la scène marocaine, l’Italie, ou du moins les entités pré-unification comme le royaume de Sardaigne, a su tisser des liens précoces. Alors que le Maroc avait déjà noué des accords avec la Hollande dès le XVIIe siècle (traité de paix de 1682) et la Grande-Bretagne au XVIIIe (traité de paix et de commerce de 1721), le XIXe siècle marque l’entrée en scène d’une nouvelle puissance méditerranéenne. Sous le règne éclairé du sultan Moulay Abderrahman (1822 – 1859), un traité d’amitié et de commerce fut signé en 1825 avec le royaume de Sardaigne, alors dirigé par Charles-Félix de Savoie (1821 – 1831). Ce document historique a non seulement officialisé les échanges, mais a aussi préfiguré les relations diplomatiques futures avec l’Italie unifiée. Cette dynamique prit un nouvel essor avec l’unification italienne, concrétisée par l’installation d’une première représentation diplomatique à Tanger en 1868, sous l’égide du diplomate Stefano Scovasso, qui y œuvra jusqu’en 1887.

Un essor commercial et des échanges florissants

Durant le mandat de Stefano Scovasso, la relation maroco-italienne connut une période de dynamisme sans précédent. L’Italie, en quête d’expansion de son influence commerciale, économique et politique en Méditerranée, trouva au Maroc un partenaire de choix. Les échanges furent facilités, attirant notamment des commerçants génois qui s’établirent non seulement dans les cités septentrionales, mais aussi le long des côtes atlantiques, à l’instar de l’actuelle El Jadida (Mazagan), Casablanca (Anfa) et Essaouira (Mogador).

Cet élan commercial se manifesta par le développement rapide des transports maritimes et des services postaux. L’arrivée d’armateurs influents tels qu’Antonio Montanaro et Salvatore Morteo témoigne de l’intensification des flux. Les chiffres sont éloquents : le périodique bimestriel de l’Institut euro-arabe de Mazara del Vallo,

Dialoghi Mediterranei

, révèle que sur les 521 navires ayant accosté au Maroc en 1848, 71 battaient pavillon sarde. Progressivement, les obstacles administratifs et douaniers furent levés, notamment à partir de 1857, ouvrant une nouvelle ère de prospérité commerciale. La fin du droit exclusif du sultan sur le commerce du soufre, par exemple, stimula considérablement les importations italiennes, illustrant la volonté mutuelle d’approfondir les liens économiques.

Dar al-Makina : Symbole d’une modernisation militaire à l’italienne

La coopération ne se limita pas aux sphères commerciale et diplomatique. Les archives du ministère italien des Affaires étrangères soulignent l’importance de la mission de 1875. Une délégation de haut rang, menée par le consul général Giuseppe Maria Scovasso, fut reçue avec les honneurs par le sultan Moulay Hassan Ier (1873 – 1894) à Fès, alors capitale impériale alaouite. Parmi les illustres membres de cette délégation figuraient l’écrivain Edmondo De Amicis, dont les récits ont immortalisé le Maroc de l’époque, et le peintre Stefano Ussi, auteur de la célèbre toile «La Réception de l’ambassade d’Italie au Maroc» (1879), aujourd’hui conservée à la Galerie nationale d’art moderne et contemporain de Rome.

Cette œuvre picturale, au-delà de sa valeur artistique, est un témoignage précieux de l’évolution des relations entre les deux nations. Elle capture un moment clé où Moulay Hassan Ier, conscient des ambitions impérialistes grandissantes dans la région – notamment la colonisation française en Algérie –, cherchait à moderniser et à renforcer sa puissance militaire. Le sultan fit part au représentant italien de son intention de créer une fabrique d’armement à Fès et d’acquérir un navire de guerre pour consolider sa défense côtière.

C’est ainsi que, grâce au soutien d’ingénieurs italiens, la légendaire «Dar al-Makina» (la Maison de l’armement) vit le jour. Fondée entre 1885 et 1890 à Fès Jdid, au sein même de l’enceinte du palais du sultan, cette usine, dont le nom s’inspire directement du mot italien «macchina» (machine), devint un arsenal militaire de pointe. Elle produisait fusils et canons, et intégrait un complexe plus vaste abritant une école militaire. Symbole éclatant des efforts de modernisation du Maroc à la fin du XIXe siècle, Dar al-Makina fascinait les habitants de Fès. Malheureusement, son activité cessa en 1912 avec l’instauration du Protectorat français.

Aujourd’hui, après d’importants travaux de restauration et de réhabilitation, l’ancienne zone de Dar al-Makina, qui abrita une école professionnelle et un lieu culturel après 1916, demeure un témoin intemporel de cette longue et fructueuse tradition de coopération diplomatique entre le Maroc et l’Italie. Un héritage qui, bien que parfois méconnu, continue de résonner dans les relations contemporaines entre les deux rives de la Méditerranée.


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