Les institutions financières africaines : Cap sur la rentabilité et l’innovation numérique
Le secteur financier africain, après une période d’expansion audacieuse, entre dans une ère de consolidation et de pragmatisme. Le Baromètre 2025 de Deloitte et de l’Africa Financial Summit (AFIS) révèle une réorientation stratégique majeure : l’efficacité opérationnelle prime désormais sur l’expansion géographique, tandis que la cybersécurité et l’intelligence artificielle s’imposent comme des impératifs absolus. Paradoxalement, les grandes ambitions panafricaines et les engagements environnementaux semblent marquer le pas.
Publié par Jeune Afrique le 3 février 2026
Une maturité retrouvée, la confiance en hausse
Longtemps caractérisé par une course à l’élargissement, notamment suite au retrait de plusieurs géants bancaires occidentaux, le paysage financier africain atteint un nouveau palier de maturité. Les conclusions du Baromètre 2025, fruit d’enquêtes en ligne et d’entretiens approfondis avec les dirigeants de banques, assurances, fintechs, acteurs des marchés de capitaux et institutions de microfinance, sont sans équivoque : la quête de rentabilité et d’efficacité opérationnelle est au cœur des préoccupations.
Ce virage est favorisé par un environnement macroéconomique plus serein. L’inflation a reculé de 19 % à 14 % entre 2024 et 2025, et la croissance économique reste robuste, avec des prévisions de 4,8 % en 2025 et 4,3 % en 2026. « Le secteur financier africain est entré dans une phase de maturité. La confiance est là, les fondamentaux se renforcent et l’intégration continentale devient concrète. La consolidation en cours prépare une croissance plus solide, plus durable et résolument plus inclusive », analyse Ambroise Depouilly, managing partner chez Deloitte pour l’Afrique francophone.
Optimisme nuancé : les acteurs locaux en force
Cette confiance accrue se traduit par une note moyenne de 8 sur 10, en nette progression par rapport aux 7,28 de l’année précédente. Les secteurs de la microfinance et de l’assurance, perçus comme les plus prometteurs, affichent le plus grand optimisme. Une analyse plus fine révèle toutefois des disparités : les groupes panafricains et nationaux se montrent les plus confiants, tandis que les compagnies internationales et régionales adoptent une posture plus prudente, leur niveau de confiance ayant même reculé.
Cette divergence s’explique par la capacité des groupes panafricains à mitiger les risques de change grâce à leur diversification géographique, tout en capitalisant sur la croissance globale du continent. « Les groupes internationaux sont très sensibles aux données macroéconomiques, comme la dégradation de note souveraine, détaille Olivier Noël, secrétaire général de l’AFIS et administrateur de plusieurs institutions financières. Les acteurs locaux connaissent, eux, leur marché. Même dans les pays compliqués où la pression sur les liquidités est forte, ils arrivent à préserver leur marge pour opérer de manière profitable, en développant les compartiments qui fonctionnent. »
La numérisation : bouclier et moteur de croissance
Les leviers traditionnels de croissance, tels que l’acquisition de nouveaux clients et l’expansion du réseau physique, demeurent pertinents, mais un nouveau pilier s’impose avec force : la numérisation. La transformation digitale a bondi de plus de 11 points dans les priorités stratégiques pour les trois prochaines années, tirée par deux impératifs cruciaux : la sécurité et la personnalisation de l’expérience client.
Les cyberattaques, de plus en plus fréquentes et sophistiquées, représentent désormais un risque systémique pour les institutions financières africaines. Le coût des réparations post-attaque peut dépasser dix fois les investissements préventifs, grevant lourdement les budgets d’innovation. Absente du baromètre 2024, la cybersécurité est aujourd’hui la priorité numéro un (97 %) en matière d’évolutions réglementaires.
L’IA : promesse d’efficacité et de développement
Bien que son adoption en soit encore à ses prémices, l’intelligence artificielle est perçue comme une révolution imminente. Sa capacité à générer un retour sur investissement rapide, notamment par une meilleure détection de la fraude, un scoring crédit affiné, et le développement commercial via le profilage client et les agents conversationnels, en fait un atout stratégique majeur pour l’avenir.
Le recul des ambitions panafricaines et vertes
En contrepoint de cette dynamique numérique, l’enthousiasme pour l’intégration économique continentale et les préoccupations environnementales semble s’essouffler. Seuls 5 % des sondés (deux fois moins qu’en 2024) considèrent la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (Zlecaf) comme un « game changer ». Le projet d’interconnexion des Bourses continentales (AELP) ne fait guère mieux (6 %), et même si le système de paiement instantané transfrontalier recueille un soutien plus significatif (22 %), il reste loin de faire l’unanimité. Les acteurs doutent de la volonté politique nécessaire à l’harmonisation des réglementations nationales.
La finance verte : victime collatérale ?
Les discours révisionnistes sur le changement climatique et la pression croissante pour la rentabilité ont fortement impacté l’émission de produits financiers à impact durable. Les initiatives à court terme en matière d’efficacité énergétique (-12 %), de produits verts (-6 %) et de trajectoire « Net Zero » (-3 %) sont toutes en baisse. Le rapport souligne que « l’harmonisation panafricaine et la finance durable stagnent faute de consensus intersectoriel : les groupes internationaux y voient un levier de stabilité, les acteurs locaux craignent une standardisation inadaptée, et les fintechs redoutent une rigidification les privant d’agilité compétitive ».
Malgré ces défis, Ambroise Depouilly reste optimiste, affirmant que « les défis qui subsistent sont ceux d’un écosystème qui se construit et non qui se défend ».
(*) L’Africa Financial Summit est organisé par Jeune Afrique Media Group, en partenariat avec la Société financière internationale (IFC).
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