Des Marocains observent le pétrole s'échappant de la montagne à Tselfat vers 1934, symbolisant les débuts de l'exploration pétrolière au Maroc.
Économie

Maroc : Un Siècle de Quête Pétrolière, Entre Espoirs et Mirages

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Maroc : Un Siècle de Quête Pétrolière, Entre Espoirs et Mirages

Depuis les prémices du XXe siècle, le sous-sol marocain a attisé la convoitise des géants de l’énergie et des pouvoirs en place. Dès 1914, l’hypothèse de gisements de gaz et de pétrole a fasciné, mobilisant compagnies étrangères, le Protectorat, puis les autorités marocaines indépendantes. Pourtant, malgré un siècle d’explorations intenses, ponctuées d’accélérations et de pauses, le royaume chérifien n’a jamais concrétisé son ambition de devenir un acteur majeur sur la scène des pays exportateurs d’hydrocarbures. Un rêve persistant, mais jusqu’ici, un mirage.

Ces deux dernières années, les annonces se sont multipliées : des compagnies pétrolières et gazières opérant au Maroc évoquent tour à tour des « découvertes » prometteuses ou des « potentialités » de forages. En septembre dernier, une firme britannique faisait état d’un « potentiel gazier » significatif au large de Larache. Derrière ces communiqués, souvent empreints d’un optimisme calculé, se cache une réalité plus nuancée. L’amendement de la loi sur les hydrocarbures et ses avantages fiscaux ont certes attiré les investisseurs, mais ces « effets d’annonce » servent avant tout à rassurer les actionnaires existants et à en capter de nouveaux.

L’histoire de la prospection au Maroc est en effet bien plus ancienne. Comme le soulignait Jacqueline Bouquerel dans son étude « Le pétrole au Maroc » (Revue Les Cahiers d’Outre-Mer, 1966), « dès avant 1914, des suintements d’huile avaient été découverts en bordure du Rif et à l’Est de la plaine du Gharb, ce qui entraîna plusieurs sociétés privées à s’intéresser à la recherche pétrolière au Maroc. »

Les Premiers Pas d’une Industrie Naissante

Les premières tentatives de forage furent « fragmentaires ». Entre 1919 et 1928, moins de 5 000 mètres furent forés, avec seulement trois sondages dépassant les 300 mètres de profondeur. L’enthousiasme initial s’émoussa rapidement. Face à ce constat, le Maroc réagit en avril 1929 par la création de la « Société Chérifienne des Pétroles » (SCP), sous l’impulsion du Bureau de recherches et de participations minières (BRPM). La SCP prit alors en charge l’exploration et le forage.

Il fallut attendre 1934 pour une première annonce d’envergure : la découverte du gisement de Jebel Tselfate, dans la région de Sidi Kacem. D’autres trouvailles suivirent, comme le gisement d’Aïn Hamra du Bou Draa, qui, bien qu’« presque épuisé » dès 1966, apporta un « appoint précieux pendant la guerre », selon Jacqueline Bouquerel.

Malgré une intensification des prospections après 1947, la production demeura modeste. En 1950, elle atteignait à peine 40 000 tonnes annuelles. Même les découvertes successives de « poches d’huile » dans la région de l’oued Beht (Sidi Fili, Bled Eddoum, Bled Khatara et Zraar) et le champ de Haricha ne permirent pas de dépasser les 118 000 tonnes en 1954. À cette époque, cette production ne couvrait que 15 % des besoins nationaux, estimés à 700 000 tonnes par an. Les réserves et perspectives d’avenir étaient jugées « modestes », et l’optimisme céda la place à l’inquiétude face au déclin des champs du Gharb. La stratégie de forages intensifs de la SCP permit néanmoins de révéler, entre 1958 et 1959, des gisements de gaz à Jebel Jeer et Jebel Kechoula, près de Safi.

Des Arrêts Répétés et le Choc Pétrolier

L’Office National des Hydrocarbures et des Mines (ONHYM), héritier du BRPM depuis 2003, rappelle que la loi sur les hydrocarbures a attiré des investissements internationaux, étendant les explorations à la plupart des bassins marocains. Des « accumulations commerciales de pétrole et de gaz » furent découvertes dans les bassins d’Essaouira et du Gharb. En novembre 1961, le puits de Sidi Ghalem, près de Mogador, entra en production, avec des réserves alors estimées à plus d’un million de tonnes. En 1962, la production pétrolière atteignit environ 124 000 tonnes et celle de gaz naturel 9 millions de mètres cubes. Bien que traitée localement, cette production restait insuffisante, nécessitant l’achat d’un « appoint important en pétrole brut ou raffiné à l’étranger ».

Cependant, dès 1964, les sondages menés par la SCP et quatre autres compagnies s’avérèrent « décevants ». L’exploration pétrolière fut ralentie, puis quasiment stoppée en 1965. Malgré une production cumulée avoisinant les 9 millions de barils de pétrole et 35 milliards de pieds cubes de gaz à la fin de 1981, la création de l’Office National de Recherches et d’Exploitations Pétrolières (ONAREP) entre 1981 et 1986 ne put inverser la tendance. Le « contre-choc pétrolier de 1986 », avec la chute du prix du baril à 10 dollars, porta un coup fatal aux activités de prospection, qui ne reprendront qu’en 1999.

L’Ère Post-Talsint : La Prudence comme Maître-Mot

Le début des années 2000 marque un renouveau des ambitions marocaines, concrétisé par un nouvel amendement de la loi sur les hydrocarbures, offrant des avantages attractifs aux compagnies étrangères. Une ouverture qui se révélera à double tranchant avec l’éclatement de l’affaire Talsint.

En effet, lors du 47ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple, le souverain annonçait à la nation, via la télévision, la « découverte du pétrole et du gaz à Talsint ». L’euphorie fut de courte durée. Les estimations de la compagnie Lone Star, en charge du projet, se dégonflèrent rapidement, transformant la promesse d’« autosuffisance pendant 30 ans » en un fiasco retentissant. L’entreprise se retrouva d’ailleurs au cœur d’une affaire juridique, avec une amende de 123 millions de dollars infligée à son dirigeant, John Paul DeJoria, une somme qui, comme le pétrole de Talsint, s’évanouit tel un mirage.

Cette expérience amère servit de leçon. En 2003, les autorités marocaines fusionnèrent l’ONAREP et le BRPM pour créer l’ONHYM. Désormais partenaire dans tous les permis d’exploration, l’Office se montre d’une prudence exemplaire face aux annonces des sociétés étrangères. Pour l’heure, le Maroc continue sa quête, mais avec une sagesse nouvelle, conscient que le chemin vers l’indépendance énergétique est semé d’embûches et de faux espoirs.


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