Le Paradoxe Russe : Quand l’Impérialisme se Pare des Habits de l’Anti-Impérialisme
Dans un entretien exclusif, Sabine Dullin, éminente historienne contemporaine et spécialiste reconnue de la Russie et de l’Union soviétique à Sciences Po, lève le voile sur une constante fascinante de la politique impériale russe : sa capacité à se présenter comme le champion de l’anti-impérialisme. Une analyse qui prend une résonance particulière à l’heure où les actions de Vladimir Poutine interrogent la vocation profonde de la Russie sur la scène mondiale. Son prochain ouvrage,
Réflexions sur le despotisme impérial de la Russie (Payot, 2025), promet d’éclairer ces dynamiques complexes.
Une Histoire de Contradictions : L’Empire qui se Voulait Autre
« Je m’attache dans mon livre à explorer ce paradoxe d’un Empire anti-impérialiste », confie Sabine Dullin. Elle explique que cette posture trouve ses racines bien avant l’ère soviétique. Sous le règne des tsars, du XVIe au début du XXe siècle, la Russie, bien que vaste, se percevait comme une puissance périphérique, économiquement modeste et souvent sous l’influence des puissances européennes. L’impérialisme était alors, dans la perception russe, une prérogative et une caractéristique intrinsèque de l’Occident.
L’Ère Soviétique : Le Discours Anti-Impérialiste en Matrice
C’est toutefois avec l’avènement de l’époque soviétique, de 1917 à 1991, que ce discours anti-impérialiste s’ancre profondément dans l’idéologie d’État. Issu du marxisme et de la Révolution russe, il est habilement instrumentalisé par Lénine. Ce dernier, fin stratège politique, comprend la nécessité d’attirer à lui les diverses nationalités de l’Empire en pleine désintégration. Son approche, presque avant-gardiste, adopte une rhétorique postcoloniale, visant à corriger les déséquilibres et la domination historique des Russes par une politique de discrimination positive en faveur des nations autrefois assujetties.
L’anti-impérialisme devient ainsi une véritable matrice du XXe siècle soviétique, déployée à la fois sur le plan interne et externe. En interne, la promesse était celle d’une « amitié entre les peuples », d’une égalité entre les nations au sein de la nouvelle fédération. Sur le plan externe, l’URSS se positionnait en soutien indéfectible des mouvements indépendantistes luttant contre les empires coloniaux occidentaux. Une ligne de conduite qui perdurera jusqu’à la guerre d’Afghanistan (1979-1989), un conflit qui, tel un « Vietnam version soviétique », ouvrira les yeux de nombreux observateurs sur la réalité des ambitions russes.
Il vous reste 86.44% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Pour plus de détails, visitez notre site.
Source: Lien externe










Laisser un commentaire