Un supporter marocain, visage empreint de déception, après la finale de la Coupe d'Afrique des Nations, symbolisant le blues collectif.
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L’amertume post-CAN : quand l’espoir marocain s’est brisé en finale

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L’Amertume Post-CAN : Quand l’Espoir Marocain s’est Brisé en Finale

La défaite en finale de la Coupe d’Afrique des Nations a laissé un goût amer, une cicatrice émotionnelle profonde au sein de la population marocaine. Ce « blues » d’après-match, amplifié par l’écho incessant des réseaux sociaux, a dominé les conversations et les esprits ces derniers jours. Mais au-delà de la simple déception sportive, pourquoi cette chute fut-elle si durement ressentie, et comment la sphère numérique a-t-elle transformé cette blessure en une véritable épidémie émotionnelle ?

Le Poids d’un Rêve Inachevé : Une Attente de Cinq Décennies

Cette finale n’était pas un match ordinaire. Elle incarnait pour le Maroc la meilleure opportunité de décrocher le trophée continental après un demi-siècle d’attente. Une attente qui s’est muée en une série d’incidents mémorables et douloureux : une tentative d’envahissement du terrain par des supporters sénégalais, des protestations virulentes de l’équipe adverse menant à une interruption temporaire, et ce penalty de Brahim Diaz, cette audacieuse Panenka qui n’a pas trouvé le chemin des filets. Autant de moments qui ont exacerbé un sentiment de frustration collective, transformant l’espoir en une cruelle désillusion.

Dans les jours qui ont suivi, les réseaux sociaux sont devenus le théâtre d’une vague déferlante de déception, de colère, de douleur et de frustration. Vidéos poignantes, stories empreintes de tristesse, reels et mèmes sarcastiques ont envahi les plateformes, regrettant la défaite, blâmant la malchance, l’équipe nationale ou les décisions arbitrales, et traduisant un profond épuisement émotionnel. Était-ce une forme de déprime post-match, voire une « mini-dépression » collective ? Pourquoi cette défaite a-t-elle été si difficile à encaisser ?

L’Espoir Transformé en Réalité Psychologique

Mohcine Benzakour, psychosociologue marocain, apporte un éclairage essentiel : « Toute cette compétition, et la campagne médiatique qui l’a accompagnée, ont suscité un fort sentiment d’espoir et de fierté. » L’engouement autour du tournoi, les conditions d’accueil du Maroc largement saluées, et la performance solide de l’équipe nationale « ont renforcé cet espoir et l’ont transformé en une plus grande confiance » que, cette fois, après 50 ans, le Maroc remporterait son deuxième titre de la CAN. Pour Benzakour, « psychologiquement, cet espoir et ce désir sont devenus une réalité dans nos esprits ». Au moment où cette attente s’est effondrée, « la colère et la stupéfaction ont prévalu ».

Quand la CAN Devient un « Mariage Familial » : L’Analyse Sociologique

L’accueil du tournoi a encore amplifié ces émotions, selon le sociologue Chakib Guessous. « Les Marocains ont vécu cette CAN bien avant les mois de décembre et janvier, depuis plus d’un an », explique-t-il. En suivant de près les préparatifs, en voyant les stades être rénovés et en passant devant les travaux d’infrastructure, les Marocains étaient plongés dans cette montée en puissance bien avant le coup d’envoi.

Guessous compare cette expérience à un mariage marocain : « On peut dire que la CAN a été ressentie comme si les Marocains préparaient un mariage familial. Le mariage s’est très bien déroulé et s’est déroulé comme prévu, jusqu’à la toute dernière minute, lorsque les invités étaient sur le point de partir. » Une telle fin, ajoute-t-il, ne pouvait que conduire à une frustration exacerbée.

Les Réseaux Sociaux : Une Plaie Ouverte et Persistante

Ce mélange de frustration, de colère, de déception et de tristesse affecte les individus différemment. Mais pour Benzakour, les réseaux sociaux « ont empiré les choses ». « Nous ne sommes pas tous pareils et nous ne réagissons pas à la déception et à l’échec de la même manière ; certaines personnes sont plus vulnérables que d’autres », précise-t-il. Même ceux qui ont tenté de rester sereins « ont été constamment exposés à du contenu en ligne lié à cette douleur », ce qui a intensifié les émotions négatives.

Et même lorsque l’on réussit à se distancer des écrans, le répit n’est pas toujours au rendez-vous. Partout au Maroc, les panneaux d’affichage et les publicités continuent d’exhiber les visuels liés à la CAN, mettant en vedette les joueurs nationaux. Cela pourrait être une forme de stress post-traumatique (ESPT), suggère Benzakour. « Après un événement traumatisant, les gens ont tendance à revivre l’expérience à travers des souvenirs, des images ou des rêves qui rappellent ce moment douloureux », déclare-t-il. « Cela explique probablement pourquoi certaines personnes ne veulent plus voir ces images. »

L’Enjeu de la Foi en l’Effort : Protéger les Enfants

Benzakour a également mis en garde contre l’impact potentiellement plus fort de ces émotions chez les enfants, qui ont suivi la CAN avec un enthousiasme, une admiration et une fierté intenses. « Les enfants sont particulièrement vulnérables à ces sentiments négatifs », dit-il, soulignant le risque que cette déception puisse nuire à leur croyance en leurs rêves et à la valeur du travail acharné. « Le danger réside dans l’association de l’échec à l’identité, ce qui peut être très préjudiciable. »

Les parents, les écoles et les médias ont un rôle crucial à jouer pour aider les enfants à « exprimer leurs sentiments, parler ouvertement de cette perte, et comprendre que ce n’est que du sport ». « L’échec et la défaite font partie du parcours. Les enfants doivent comprendre que perdre n’est pas la fin du monde, que l’échec est aussi une expérience d’apprentissage, et que les erreurs nous aident à grandir », insiste le psychosociologue. C’est ainsi qu’ils pourront maintenir l’espoir, croire au travail acharné et conserver la confiance en leur pays.

Vers la Résilience : Un Appel à la Raison

Quant aux adultes, Benzakour appelle à la raison face aux réactions impulsives. « Nous devons cesser de nous concentrer uniquement sur le négatif, éviter l’impulsivité émotionnelle. » Chakib Guessous renchérit : « Il est normal de se sentir frustré et triste, mais nous devons continuer à regarder vers l’avenir. » Il souligne l’importance de « garder les influences négatives à distance et éviter de tomber dans la haine extrême », en référence au contenu haineux apparu après la finale, ciblant parfois les supporters des deux équipes.

Quelques jours après le coup de sifflet final, la question demeure : les Marocains ont-ils véritablement surmonté le blues post-finale, ou l’écho de cette déception résonne-t-il encore dans les cœurs ?


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