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Cuba sous tension : La Havane, ville fantôme, entre pénuries et pressions américaines

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Cuba sous tension : La Havane, ville fantôme, entre pénuries et pressions américaines

Par Jean-Philippe Rémy (La Havane, envoyé spécial) et Lucien Lung (Photographe)

Publié aujourd’hui – Épisode 2/3 de notre série « Cuba, l’île à la dérive »

Dans les ruelles silencieuses de La Havane, autrefois vibrantes, flotte aujourd’hui une atmosphère de résignation. L’île, autrefois symbole de résistance et de joie, est désormais une ville fantôme, meurtrie par des pénuries chroniques et l’escalade des menaces américaines. Un constat amer s’impose : « Il ne reste plus qu’à s’en aller. »

L’onde de choc de Caracas : un régime sous haute pression

Sur le Malecon, l’artère emblématique de La Havane, un immense drapeau cubain ondule tristement à mi-mât. Ce n’est pas un hasard. Au petit matin du 3 janvier, à 2 000 kilomètres de là, un événement sismique a secoué Caracas : l’enlèvement du président vénézuélien, Nicolas Maduro, et de son épouse, lors d’un assaut héliporté américain. Cet allié indéfectible du régime castriste a été arraché à son pouvoir, et Cuba a payé un lourd tribut, perdant 32 de ses éléments d’élite dans l’opération. Cette action audacieuse des États-Unis, perçue comme un « changement de régime » imposé, a enclenché une mécanique géopolitique dont les répercussions menacent directement l’équilibre déjà précaire de l’île.

La pression américaine n’a jamais été aussi palpable, transformant le quotidien cubain en un cauchemar éveillé où la parole est plus que jamais surveillée. L’ombre de cette intervention plane désormais sur chaque coin de rue, chaque discussion, rappelant la vulnérabilité d’un État socialiste isolé.

La joie étouffée : le prix de la survie

La veille de cet événement, le 2 janvier, jour anniversaire de l’entrée triomphale des rebelles castristes à La Havane en 1959, aux côtés de Che Guevara et Camilo Cienfuegos, la fête traditionnelle s’est muée en une célébration d’une tristesse inédite. L’argent manque cruellement, les poches sont vides, et les festivités spontanées, autrefois l’âme de la capitale, ont disparu. Fini les cochons rôtis à chaque coin de rue, les musiques entraînantes et les rires partagés. La crise aiguë, qui sévit depuis près de cinq ans, a atteint son paroxysme, étouffant jusqu’au dernier capital gratuit et universel de Cuba : la joie.

La nuit du 31 décembre 2025, bien que la ville ait été épargnée par les coupures d’électricité – une nouvelle hantise –, La Havane ressemblait à une cité fantôme. Les avenues étaient désertes, les danseurs habituels se faisaient rares, la capitale s’étant transformée en un écrin de la douleur d’exister en temps de pénurie. Le lendemain, elle semblait s’extirper avec peine d’un long coma, comme si l’espoir lui-même avait besoin d’une convalescence.

Pour apercevoir un semblant de vie, il fallait se rendre dans les rares restaurants encore accessibles, du moins pour une infime partie de la population. Chez Doña Alicia, une institution havanaise, on pouvait encore observer un embryon de file d’attente, témoignage d’une résilience fragile, mais aussi d’une fracture sociale grandissante.

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