Mouna Hachim : L’Histoire, un Art de Nuance et de Longue Portée au Cœur du Maroc (2/3)
Jamais le Maroc n’a autant vibré au rythme de son passé. Entre les récits captivants et la quête de rigueur scientifique, les pans oubliés et les tabous persistants, comment naviguer dans les méandres de notre histoire collective ? La romancière et historienne essayiste Mouna Hachim, invitée de l’émission « De choses et d’autres » animée par Fadwa Misk, nous éclaire de sa perspective aiguisée, insistant sur la nécessité d’une approche profonde, patiente et nuancée.
La Profusion Historique à l’Ère Numérique : Une Lame à Double Tranchant
Des podcasts aux séries documentaires, en passant par le cinéma, la littérature et les manuels scolaires, l’histoire se décline aujourd’hui sous une multitude de formats. Pour Mouna Hachim, cette effervescence est une « aubaine » inestimable, offrant un accès sans précédent au passé. Cependant, elle met en garde contre les limites inhérentes à chaque support, qui, mal maîtrisées, peuvent « porter préjudice à l’histoire ». L’historienne rappelle avec force que « l’histoire, c’est la profondeur de la perspective, le temps long et l’art de la nuance ».
Les Pièges du Récit Simplifié et la Responsabilité des Diffuseurs
Le succès grandissant de l’histoire charrie son lot de défis. « Le revers de la médaille est qu’on s’attarde parfois sur l’anecdote au lieu de saisir toute la complexité du passé », souligne Mouna Hachim. Si rendre l’histoire plus humaine et vivante est louable pour attirer un large public, il est impératif de ne jamais sacrifier le sens de la méthode et de l’éthique. Sur les réseaux sociaux, où les contenus historiques prolifèrent, la vigilance est de mise. Certains se distinguent par leur documentation et leur rigueur, mais d’autres, hélas, versent dans le « plagiat pur » ou véhiculent des « biais » inconscients, causant un tort considérable à la vérité historique. L’essayiste alerte également sur les « effets de mode » et un langage trop simpliste : « Dans le but d’être à la page, on peut tomber dans un argot de bas étage. Il faut s’armer d’un esprit critique solide pour ne pas confondre vulgarisation et vulgarité ! »
Cinéma et Littérature : Entre Fascination et Fidélité
Le septième art et la littérature, lorsqu’ils s’emparent de l’histoire, présentent un visage tout aussi ambivalent. Ils ont le pouvoir de rendre le passé « vivant et captivant », mais courent le risque de privilégier l’anecdote au détriment de la rigueur factuelle. « Si d’entrée de jeu on expose le caractère purement fictionnel de l’œuvre inspirée de faits historiques, les cartes sont claires », explique l’historienne. La difficulté surgit lorsque des fragments d’histoire sont « diffusés hors contexte ou sans rigueur, sans sources ni respect pour le travail des chercheurs ». Mouna Hachim insiste : « On peut raconter l’histoire de différentes manières, mais on ne peut pas raconter n’importe quoi ! » Elle rappelle même que des ouvrages coloniaux, malgré leurs clichés, recèlent des documents d’une « précision remarquable » qu’il est essentiel d’étudier avec un esprit critique développé pour faire avancer la recherche.
Refonder l’Enseignement de l’Histoire au Maroc : Pour une Richesse Inclusive
L’Indispensable Période Antéislamique
Pour un enseignement de l’histoire véritablement pertinent et ancré, Mouna Hachim exhorte à la prise en compte de plusieurs dimensions fondamentales. La période antéislamique, souvent négligée, est ainsi jugée « essentielle pour comprendre les fondements de l’identité marocaine ».
Dialogue entre Savoir et Mémoire Populaire
Il est crucial de faire coexister la « culture livresque, savante et intellectuelle » avec la « mémoire populaire, extrêmement riche ». C’est dans cette fusion que réside l’« authentiquement marocain ». L’historienne suggère d’intégrer dans les manuels scolaires des « quatrains de Sidi Abderrahman El Majdoub, de Sidi Kaddour El Alami ou de Sidi Ahmed El Bahloul », des textes offrant une « profondeur mystique et une réflexion sociale qui mérite l’intérêt » et qui rendraient le récit national « attractif sur le plan pédagogique ».
Histoire et Mémoire : Une Alliance Nécessaire
Le croisement de l’histoire et de la mémoire constitue une autre piste majeure. Mouna Hachim distingue la mémoire, « affective, fragmentée et sélective », liée aux célébrations et aux souvenirs individuels et collectifs, de l’histoire, qui « analyse et comprend plus qu’elle ne juge ». Mélanger ces deux approches est, selon elle, indispensable pour enrichir l’enseignement et l’apprentissage.
Redonner Voix aux Oubliés
Enfin, il est impératif de réhabiliter les figures et les récits oubliés, qu’il s’agisse des femmes, du monde rural, ou de « toutes les trajectoires invisibles qui ont façonné les dynamiques sociales, économiques et politiques ». Ne pas le faire, avertit Mouna Hachim, reviendrait à offrir « une histoire tronquée et non inclusive ».
Par Fadwa Misk | 28 Janvier 2026 À 10:36
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