Les États-Unis et l’Islam : Une alliance séculaire forgée par un traité oublié
Dans les annales de l’histoire américaine, un document du XVIIIe siècle, souvent méconnu, révèle une facette étonnante et progressiste des relations entre les jeunes États-Unis et le monde musulman. Le Traité de paix et d’amitié, signé en 1796 avec le Bey de Tripoli, n’était pas qu’un simple accord diplomatique ; il posait les fondations d’une cohabitation respectueuse, éloignant toute hostilité liée aux croyances religieuses et affirmant un principe fondamental de la nation : la séparation de l’Église et de l’État.
Le Traité de Tripoli : Un texte fondateur pour la liberté religieuse
C’est en novembre 1796 que les États-Unis d’Amérique et la Régence de Tripoli (actuelle Libye) scellent cet accord historique. Ratifié en juin 1797 par le Sénat américain sous la présidence de John Adams, ce traité s’inscrivait dans une série d’initiatives diplomatiques avec des puissances musulmanes, notamment l’Algérie (1795) et la Tunisie (1797), visant à établir des relations pacifiques et commerciales.
L’article 11 de ce traité est particulièrement éloquent et visionnaire. Il stipule clairement qu’«aucun prétexte résultant des avis religieux ne produira une interruption de l’harmonie» entre les parties. Plus encore, il affirme que «le gouvernement des États-Unis n’est en aucun cas fondé sur la religion chrétienne, il n’a aucun caractère d’ignominie contre les lois, la religion ou la quiétude des musulmans, et comme lesdits États ne sont jamais entrés en conflit ou entrepris un acte d’hostilité contre une nation mahométane, les parties déclarent qu’aucun prétexte découlant d’opinions religieuses ne pourra entraîner une rupture de l’harmonie existante entre les deux pays».
Ce passage, d’une modernité frappante, préfigure une laïcité avant l’heure et souligne l’engagement des Pères fondateurs envers une liberté de conscience universelle, bien au-delà des frontières confessionnelles.
L’inclusion musulmane : Une vision des Pères fondateurs
L’historien James H. Hutson, chef du département des manuscrits de la Bibliothèque du Congrès, met en lumière dans son ouvrage «Les Pères fondateurs de la nation et l’islam» que l’inclusion des musulmans fut un principe délibérément intégré à la conception de la liberté de religion américaine. Cette vision puise ses racines dans la «Lettre sur la tolérance» de John Locke (1689), qui prônait l’acceptation de tous les croyants en Dieu, y compris les musulmans, en Angleterre.
Thomas Jefferson, figure emblématique de l’indépendance américaine, s’est fait le fervent défenseur de cette tolérance. En Virginie, il a milité pour la reconnaissance des droits religieux des «Mahométans, des Juifs et des Païens», suivant les préceptes de Locke. Son combat fut appuyé par Richard Henry Lee, président du Second Congrès continental, qui déclara que «la vraie liberté (…) englobe le Mahométan et le Gentoo (hindou), ainsi que la religion chrétienne».
Cette perspective audacieuse des Pères fondateurs a même abordé la question de l’éligibilité d’un musulman à la présidence, affirmant que les valeurs de liberté devaient transcender les appartenances religieuses. Le Traité de Tripoli renforce cette idée, insistant sur l’absence de toute justification historique à l’hostilité envers les dirigeants musulmans, en vertu de cette cohabitation originelle.
De l’ombre de l’esclavage à l’aube de l’égalité
Malgré ces principes fondateurs, l’histoire des musulmans en Amérique est aussi marquée par la sombre réalité de l’esclavage. Richard Brent Turner, chercheur cité par Vox, rappelle que «dans les premières années de la fondation de l’Amérique, la grande majorité des musulmans n’étaient pas des citoyens mais des esclaves». Des dizaines de milliers, voire des millions, de musulmans africains, souvent éduqués et alphabétisés en arabe, ont été arrachés à leurs terres pour travailler dans les plantations du Sud. Leurs noms, leurs coutumes vestimentaires et leurs rituels ont laissé une empreinte indélébile au sein de la communauté des esclaves.
Cependant, l’esprit d’inclusion du Traité de Tripoli a commencé à résonner. Dès 1785, des citoyens de Chesterfield (Virginie) ont interpellé l’assemblée de l’État, plaidant pour l’intégration des Mahométans, des Juifs et des Chrétiens dans la notion de liberté. Leur argument était clair : «C’est le travail des hommes dans nos manufactures, leurs services rendus dans les mers et sur ce sol qui agrandissent notre pays et non leurs croyances».
Cette vision pragmatique et inclusive a jeté les bases d’une égalité qui allait se concrétiser au XIXe siècle avec l’édification des premières mosquées et l’arrivée de vagues migratoires musulmanes non-esclaves. Un siècle plus tard, cette communauté continuera de marquer l’histoire des États-Unis en participant activement au Mouvement des droits civiques, prouvant que les principes de tolérance et d’inclusion, bien que parfois mis à l’épreuve, sont profondément enracinés dans l’ADN américain.
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