Impôt sur le Revenu : Le Fardeau Croissant des Salariés face aux Élus de l’Optimisation Fiscale
Alors que de nombreux professionnels indépendants, des médecins aux topographes, et les anciens contribuables au régime forfaitaire, ont longtemps navigué dans les eaux parfois opaques de l’optimisation fiscale, les salariés marocains se retrouvent, eux, en première ligne. Ils constituent, sans conteste, la locomotive des recettes de l’Impôt sur le Revenu (IR), avec une contribution moyenne annuelle de 6 856 dirhams. Une réalité fiscale qui bouscule les habitudes, notamment avec la généralisation de la retenue à la source sur les honoraires versés aux tiers.
Les Salariés, Piliers Incontournables de la Fiscalité
Au cours des cinq dernières années, la croissance à deux chiffres des recettes de l’Impôt sur le Revenu (IR) a été principalement portée par les salariés. Ces derniers, contrairement à d’autres catégories, ne disposent ni des leviers d’« optimisation » complexes, ni de la possibilité de dissimuler une partie de leur rémunération. Sur les 60,5 milliards de dirhams collectés par l’IR à fin novembre 2025 – un chiffre en hausse de 14,6% – les retenues sur salaires représentent l’essentiel de ce rendement. La cartographie des contributions, méticuleusement élaborée par la Direction Générale des Impôts (DGI), est éloquente : les 4,38 millions de salariés du secteur privé ont versé, en moyenne, 6 856 dirhams d’IR au Trésor. En comparaison, les professionnels tenant une comptabilité ont décaissé en moyenne 23 847 dirhams, tandis que les 421 460 auto-entrepreneurs, inscrits dans les registres fiscaux, n’ont contribué qu’à hauteur de 101 dirhams en moyenne chacun.
Le Réveil Fiscal des Professions Libérales : Une Retenue à la Source Révélatrice
Avant la Réforme : Une Contribution Dérisoire
Longtemps, une partie significative des honoraires des professions libérales échappait à l’IR. Avant la généralisation de la retenue à la source sur les honoraires versés aux tiers, la contribution annuelle moyenne de cette catégorie oscillait entre 9 000 et 10 000 dirhams. Les médecins du secteur privé, par exemple, ne payaient en moyenne que 10 000 dirhams, selon les chiffres officiels du ministère des Finances. Un montant jugé dérisoire au regard des revenus potentiels de ces professionnels.
L’Effet Levier de la Retenue à la Source
L’année 2024 a marqué un tournant. Avec l’application de la retenue à la source, les recettes de l’IR sur les honoraires versés aux tiers ont bondi de 85,4%, atteignant 711,2 millions de dirhams. Plus globalement, le top 10 des contribuables exerçant en profession libérale a vu sa contribution fiscale augmenter de plus de 89% en seulement un an. Ces chiffres confirment que l’administration fiscale a trouvé une arme efficace contre l’évasion fiscale, une pratique malheureusement courante chez nombre de ces praticiens, même si le dispositif n’est pas encore totalement hermétique.
Résistances et Pratiques Persistantes
Cette nouvelle mesure s’est heurtée à une résistance notable de la part de certains corps de métiers, notamment les avocats et les médecins. Elle a notamment bouleversé des habitudes bien ancrées dans les cliniques privées. Malgré la responsabilisation des organismes de prévoyance sociale (CNSS et CNOPS) pour opérer cette retenue, il est avéré que certains chirurgiens continuent d’exiger une partie de leurs honoraires en liquide. Un phénomène qui, selon les enquêtes du ministère de la Santé et les mises en demeure récurrentes adressées aux cliniques, n’a pas totalement disparu.
La Contribution Professionnelle Unique (CPU) : Entre Ambition et Réalité
Un Impôt Minime pour des Millions de Contribuables
L’un des chantiers majeurs des autorités est de capter les nombreux « passagers clandestins » qui s’affranchissent encore de l’IR. Les contribuables qui relevaient du régime forfaitaire sont censés avoir basculé vers la Contribution Professionnelle Unique (CPU) depuis 2021. Cette population hétérogène inclut des petits commerçants, des artisans et des milliers d’épiciers disséminés à travers le Royaume. Au 22 janvier 2026, la DGI recensait 418 674 « CPUistes ». Leur contribution moyenne à l’impôt sur le revenu ? Un modeste 644 dirhams par personne et par an. Un chiffre qui souligne l’ampleur du défi à relever pour insuffler un civisme fiscal plus profond au sein de cette catégorie.
Le Défi de la Formalisation et les « Passagers Clandestins »
La CPU a été initialement conçue comme un instrument de lutte contre l’informel. L’idée était d’instaurer une « flat-tax » unique, regroupant l’impôt sur le revenu, la taxe professionnelle, la taxe des services communaux, et incluant une cotisation à l’assurance maladie obligatoire (AMO). Pour ses concepteurs, la couverture maladie devait servir de « produit d’appel », incitant progressivement les contribuables au forfait à adopter une meilleure conformité fiscale. Cependant, de nombreux acteurs de cette catégorie, y compris des épiceries transformées en supérettes, « s’arrangent » habilement avec les seuils de chiffre d’affaires (2 millions de DH pour le commerce, l’industrie et l’artisanat ; 500 000 dirhams pour les prestataires de services) afin d’éviter le régime du net réel, qui impliquerait une tenue de comptabilité rigoureuse. Le statut forfaitaire reste valable tant que ces seuils ne sont pas dépassés pendant deux années consécutives, après quoi le basculement vers le régime du résultat net réel devient obligatoire. Malgré un « beau montage technique sur le papier », la DGI, qui assure également le recouvrement des cotisations d’assurance-maladie des forfaitaires, doit encore intensifier ses efforts pour transformer l’essai et garantir une équité fiscale pour tous.
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