Des caisses de sardines congelées, prêtes à l'expédition, symbolisant les enjeux économiques de la filière halieutique marocaine.
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Sardine congelée : le Maroc au bord de la crise ? L’industrie halieutique s’insurge contre la suspension des exportations

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Sardine congelée : le Maroc au bord de la crise ? L’industrie halieutique s’insurge contre la suspension des exportations

Le spectre d’une année sans exportation de sardine congelée plane sur le Maroc, semant une profonde inquiétude au sein de la filière halieutique. Le gouvernement envisage cette mesure drastique, mais la Fédération nationale des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche (FENIP) tire la sonnette d’alarme, dénonçant une décision inefficace pour le marché intérieur et potentiellement dévastatrice pour l’économie des provinces du Sud.

Une mesure controversée aux conséquences incertaines

Dans un entretien exclusif avec Finances News Hebdo, Hassan Sentissi El Idrissi, président de la FENIP, exprime son désaccord catégorique. Selon lui, cette initiative, prise sans une concertation jugée suffisante, « ne permettra ni d’améliorer la disponibilité de la sardine ni d’en faire baisser le prix pour le consommateur marocain ».

L’inefficacité dénoncée pour le marché local

Si la FENIP partage l’ambition de préserver la ressource halieutique et de privilégier la consommation nationale, elle conteste la pertinence de la suspension des exportations de sardine congelée. M. Sentissi El Idrissi souligne que la sardine destinée à la consommation directe provient majoritairement des ports du centre et du nord du Royaume (Larache, Casablanca, Safi, Essaouira, Agadir, Sidi Ifni), traditionnellement tournés vers le marché intérieur. Or, ces zones ne sont pas les principaux bassins d’approvisionnement des unités de congélation visées par la mesure. «

Suspendre l’export de la sardine congelée n’aura donc aucun impact concret sur la disponibilité ou le prix de la sardine pour le consommateur marocain

», insiste-t-il, rappelant que l’approvisionnement du marché national demeure une priorité absolue dans tous les ports du pays.

Un coup dur pour l’économie des provinces du Sud

Les répercussions de cette décision sur les provinces du Sud s’annoncent, en revanche, considérables. Les unités de congélation concernées sont principalement établies à Laâyoune, Dakhla et Boujdour, où la congélation pélagique représente le cœur du tissu industriel structuré. La fédération avance des chiffres alarmants : plus de 120 unités industrielles, près de 50 000 emplois directs et indirects, un cumul d’investissements dépassant les 4 milliards de dirhams et un chiffre d’affaires à l’export avoisinant les 4 milliards de dirhams lors des années de captures normales.

La filière de la congélation : un pilier menacé

Hassan Sentissi El Idrissi met en garde contre un risque de faillites en cascade. « La sardine congelée représente le principal débouché de ces entreprises. Suspendre l’exportation équivaut à un arrêt brutal de l’activité », alerte-t-il. Il évoque des pertes d’emplois massives, des déséquilibres socioéconomiques locaux et des contentieux financiers aux conséquences potentiellement irréversibles, même si la mesure n’est que temporaire.

L’illusion de la reconversion vers la conserve

L’hypothèse d’une réorientation de la production vers la conserve nationale est accueillie avec scepticisme par le président de la FENIP. Il rappelle que cette synergie existe déjà, avec des volumes significatifs de sardine congelée déjà écoulés auprès des conserveries. Cependant, cette option ne peut constituer un exutoire exclusif. Les conserveries privilégient la matière fraîche en début de campagne et n’ont recours au congelé qu’en fin de saison. De surcroît, seules 5 % des conserveries utilisent actuellement la sardine congelée, les adaptations techniques nécessaires étant jugées trop lourdes et coûteuses pour la majorité des acteurs.

La congélation, un atout stratégique sous-estimé

Pour la FENIP, la congélation ne doit plus être perçue comme une simple variable d’ajustement, mais comme un pilier fondamental de l’équilibre halieutique national. Un affaiblissement durable de ce segment concentrerait artificiellement l’offre sur un marché unique, déjà confronté à des limites de valorisation commerciale. À l’inverse, la congélation génère une valeur ajoutée substantielle et dépend moins des intrants importés, contribuant ainsi positivement à la balance commerciale du pays.

Appel à la concertation et à la responsabilité

Face à cette situation critique, la FENIP exhorte les autorités à ne pas appliquer la mesure en l’état et à initier une concertation approfondie avec l’ensemble des parties prenantes de la filière. À défaut, elle estime que les pouvoirs publics devront assumer pleinement les conséquences économiques et sociales de leur décision, notamment par la mise en place de mécanismes d’indemnisation et d’accompagnement des entreprises et des travailleurs impactés. Pour Hassan Sentissi El Idrissi, « il est encore temps d’éviter un affaiblissement durable du tissu industriel des provinces du Sud », un objectif en parfaite adéquation avec les orientations royales visant le développement et la valorisation des produits de la mer.

Avec Finances News


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