Mohammed Jadri, économiste, s'exprimant sur la situation hydrique et agricole du Maroc.
Agriculture

Maroc : L’embellie des réserves en eau, une parenthèse fragile sans réformes profondes selon Mohammed Jadri

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Le Maroc face à l’illusion hydrique : Un répit conjoncturel pour l’agriculture, mais un appel urgent aux réformes

La récente remontée des réserves des barrages marocains, saluée comme une bouffée d’oxygène pour une agriculture exsangue après des années de sécheresse, ne doit pas masquer la réalité structurelle. C’est le constat sans appel de Mohammed Jadri, économiste émérite, qui met en garde contre l’illusion d’un tournant durable. Pour lui, sans réformes profondes, une gouvernance de l’eau repensée et une stratégie de résilience climatique à long terme, cette amélioration risque de n’être qu’une « simple parenthèse ».

Un soulagement éphémère pour le secteur agricole ?

Interrogé sur la portée de cette embellie hydrique, Mohammed Jadri est catégorique : « La hausse récente des réserves en eau des barrages constitue avant tout un soulagement conjoncturel pour le secteur agricole, après plusieurs années de stress hydrique aigu. » Si elle offre une visibilité à court terme aux agriculteurs, notamment dans les périmètres irrigués, et allège la pression sur les nappes phréatiques, l’économiste tempère tout enthousiasme prématuré. Un véritable tournant économique exigerait une régularité hydrique sur plusieurs campagnes et, surtout, une transformation radicale des modes de production et de gestion de l’eau. « Sans réformes structurelles, cette amélioration risque de rester une simple parenthèse climatique plutôt qu’un basculement durable du modèle agricole », insiste-t-il.

Sécurité alimentaire : une dépendance persistante

Quant à l’impact sur la sécurité alimentaire nationale et la réduction de la dépendance aux importations, Mohammed Jadri estime que l’effet positif sera « dans des proportions limitées ». Certes, une reprise partielle des productions locales, notamment céréalières irriguées, fourragères et de l’élevage, pourra atténuer la volatilité des prix intérieurs. Cependant, le Maroc reste intrinsèquement tributaire des importations pour des produits stratégiques comme les céréales. La réduction de cette dépendance demeurera marginale et vulnérable aux aléas climatiques et géopolitiques tant que l’allocation de l’eau ne sera pas résolument orientée vers les cultures garantissant la souveraineté alimentaire.

Production agricole et revenus ruraux : des défis structurels

L’amélioration de la disponibilité en eau peut, à court terme, se traduire par une hausse des rendements et une reprise des activités agricoles. Cela pourrait entraîner une légère amélioration des revenus ruraux, particulièrement pour les exploitations irriguées. Toutefois, cet impact est conditionné par des facteurs persistants : les coûts de production élevés, l’accès inégal à l’eau entre petits et grands exploitants, et la fluctuation des prix agricoles. La disponibilité en eau est donc une condition nécessaire, mais non suffisante, pour une croissance durable de la production et des revenus en milieu rural.

Urgence d’un recalibrage des choix économiques et hydriques

La situation actuelle impose une révision impérative des choix économiques et des priorités en matière d’allocation de l’eau. Face à une rareté structurelle, des arbitrages clairs doivent être faits entre les usages agricoles, l’eau potable et les besoins industriels. L’économiste souligne l’importance de privilégier les cultures à forte valeur économique par mètre cube d’eau consommé, tout en assurant un accès équitable aux ressources pour les petits agriculteurs. Ce recalibrage doit s’accompagner d’une accélération de la modernisation de l’irrigation et d’une efficacité accrue dans l’utilisation de cette ressource vitale.

Vers une résilience climatique durable : au-delà des pluies

Pour transformer cette amélioration hydrique en une dynamique durable, Mohammed Jadri appelle à dépasser la simple réaction aux aléas climatiques. Il est crucial d’adopter une véritable stratégie de résilience : réorientation vers des cultures moins gourmandes en eau, développement de variétés résistantes au stress hydrique et diversification des sources de revenus en milieu rural. Sur le plan institutionnel, une gouvernance intégrée de l’eau, une tarification incitative et une meilleure coordination des politiques agricoles, hydriques et énergétiques sont indispensables. « La résilience climatique ne se construit pas lors des années pluvieuses, mais par des choix structurants et anticipés face aux périodes de sécheresse », conclut-il.

Mohammed Jadri : Un parcours au service de l’analyse économique

Économiste aguerri avec plus de dix-huit ans d’expérience, Mohammed Jadri a forgé son expertise au sein de cabinets de renom, pilotant des projets complexes financés par des entités comme l’Union européenne et les Nations unies. Depuis octobre 2021, il dirige l’Observatoire de l’Action Gouvernementale, qu’il a érigé en référence dans l’analyse des politiques publiques. Sous sa houlette, l’Observatoire a publié des rapports structurés sur l’action gouvernementale (bilans des 100 jours, annuel, mi-mandat) et des études thématiques approfondies sur des enjeux majeurs : programmes Awrach et Forsa, aide au logement, dialogue social, inflation, produits pétroliers, réforme des retraites, enrichissant ainsi le débat public. Depuis 2017, Mohammed Jadri est également un consultant économique recherché par les médias nationaux et internationaux.

L’enjeu actuel : Capitaliser sur le répit hydrique

L’amélioration récente des réserves en eau ouvre une nouvelle séquence pour le secteur agricole, fragilisé par des cycles successifs de sécheresse qui ont lourdement impacté la production, les revenus ruraux et la sécurité alimentaire. Alors que les pouvoirs publics réajustent leurs stratégies budgétaires, agricoles et hydriques, et que la résilience climatique s’impose comme un pilier des politiques publiques, cette évolution relance le débat crucial sur la capacité du pays à capitaliser économiquement sur ce répit pour bâtir un avenir plus sûr et durable.


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