« Il y a 15 ans, on était une puissance bancaire, tout le monde a vendu. J’ai demandé aux ministres de revoir les choses en profondeur », alertait le président français Emmanuel Macron. Ces mots résonnent comme un signal d’alarme, soulignant une réalité de plus en plus palpable : le déclin de la diplomatie économique française sur le continent africain. Historiquement pilier de l’influence de Paris, cette présence est aujourd’hui confrontée à une crise profonde, un véritable périscope du naufrage économique français en Afrique.
Le Retrait Inexorable des Géants Bancaires
« Le retrait des banques françaises – et occidentales – d’Afrique est un état de fait », confirme Vincent Toussaint, Chef du service économique de l’Ambassade de France au Maroc. Il y a une quinzaine d’années, la France se positionnait comme une puissance bancaire et commerciale incontournable, ses opérateurs étant des acteurs majeurs de la finance et des infrastructures, tant dans les économies francophones qu’anglophones. Mais le paysage a radicalement changé.
Pourquoi les banques françaises désertent-elles l’Afrique ?
Le recul de groupes bancaires emblématiques tels que Crédit Agricole, BNP Paribas ou Société Générale est flagrant. Ces institutions ont considérablement réduit leur empreinte, voire quitté certains marchés africains, invoquant des risques perçus comme trop élevés pour des retours sur investissement jugés insuffisants. Une explication que l’économiste Abdelghani Youmni nuance : « Nous sommes dans un nouveau paradigme financier où les banques vont vers des marchés plus rentables comme l’Asie. » Il ajoute : « Le motif du retrait des banques françaises du continent se trouve dans la rentabilité de l’activité bancaire. En Afrique, on a un dualisme économique formel versus économie informelle qui est très loin différent de celui des banques européennes qui sont dans un autre paradigme : économie réelle versus économie financière. »
Ce désengagement bancaire, dans un continent où le financement est vital pour le développement, entraîne une perte d’influence stratégique majeure. Les banques locales africaines et les concurrents étrangers, notamment asiatiques, s’engouffrent dans la brèche, redessinant la carte financière du continent. Seuls quelques pays, à l’image du Maroc, dont la maturité du secteur bancaire est reconnue, parviennent à tirer parti de ce retrait.
L’Érosion des Parts de Marché : Un Continent en Mutation
Sur les deux dernières décennies, la présence commerciale de la France en Afrique s’est effritée de manière alarmante. Selon les estimations de la COFACE, la part de marché française est passée de plus de 10 % en 2002 à environ 4,4 % en 2022. Cette chute spectaculaire n’est pas seulement le fruit d’une concurrence accrue, notamment de la Chine, de la Turquie et de l’Inde qui investissent massivement, mais aussi d’un désintérêt relatif des entreprises françaises pour des secteurs clés.
Alors que le marché africain a quadruplé en taille depuis les années 2000, les exportations françaises n’ont fait que doubler en valeur, signifiant une perte de poids relatif significative dans le commerce intercontinental. Les échanges commerciaux entre la France et l’Afrique subsaharienne, bien qu’en légère progression en valeur à 24,5 milliards d’euros en 2023, ne représentent plus que 1,8 % des exportations françaises totales, un chiffre qui témoigne d’une perte d’attractivité flagrante.
Le président Macron lui-même a appelé à un retour d’« entreprises françaises qui ont faim » pour relancer les investissements. Cependant, au-delà des incantations, la réalité structurelle est complexe, confrontant la diplomatie économique française à une redéfinition radicale de ses objectifs et de son modèle d’intervention.
Au-delà de la Finance : Les « Grands Contrats » en Sursis
L’influence française en Afrique ne se limitait pas aux banques. Elle reposait également sur les « grands contrats » : des accords commerciaux stratégiques de plus de 3 millions d’euros dans des secteurs comme l’énergie, les transports et la défense. Ces contrats, véritables vecteurs de la politique d’influence de Paris, ont permis à des entreprises comme Alstom, EDF, Safran ou Dassault Aviation de s’ancrer durablement, générant des milliards d’euros et consolidant le prestige du « Made in France ». L’exemple du TGV marocain, un contrat d’environ 400 millions d’euros remporté par Alstom, illustre cette époque florissante.
Un environnement géopolitique hostile
Depuis 2020, le retrait militaire et diplomatique progressif de la France de plusieurs pays africains, particulièrement au Sahel, a profondément rebattu les cartes. Les crises au Niger, les tensions avec le Mali et la rupture avec le Burkina Faso ont directement fragilisé la position des entreprises françaises. Orano voit ses activités minières d’uranium au Niger menacées par des renégociations, TotalEnergies doit faire face à une concurrence féroce de la Chine et des pays du Golfe, tandis qu’Orange, acteur majeur des télécoms, est confronté à une montée du protectionnisme économique.
Ce contexte est exacerbé par un sentiment antifrançais croissant, poussant de nombreux pays africains à diversifier leurs partenariats, reléguant les acteurs français à un rôle de plus en plus secondaire. Le groupe TotalEnergies, par exemple, fort de ses 4 700 points de vente dans 35 pays, a déjà entamé la cession de son réseau de 80 stations-service dans certains marchés, signe tangible de cette réorientation stratégique.
La France est à un carrefour en Afrique. Le défi est immense : repenser une stratégie économique qui ne peut plus s’appuyer sur les acquis du passé, mais doit s’adapter à un continent en pleine mutation, exigeant de nouveaux partenariats et une approche renouvelée.
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