Travailleurs agricoles dans les champs du Souss-Massa, illustrant les défis de l'agriculture intensive et l'exploitation de la main-d'œuvre.
Agriculture

Souss-Massa : Le revers sombre d’un capitalisme agraire florissant

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Souss-Massa : Le revers sombre d’un capitalisme agraire florissant

La région du Souss-Massa, fleuron de l’agriculture exportatrice marocaine, cache derrière ses succès économiques une réalité sociale et environnementale alarmante. Loin de l’image d’une prospérité partagée, se dessine le tableau d’un capitalisme agraire prédateur, dont les fondations reposent sur l’exploitation de la main-d’œuvre et une gestion des ressources naturelles insoutenable. Une analyse approfondie s’impose pour démasquer les mythes et révéler les véritables enjeux.

La face cachée de l’eldorado agricole du Souss-Massa

Mythe de la pénurie de main-d’œuvre : une réalité démentie

Un discours récurrent émanant des grands exploitants agricoles du Souss-Massa évoque une prétendue « pénurie de main-d’œuvre agricole locale », justifiant ainsi le recours croissant à des travailleurs subsahariens. Pourtant, cette affirmation est contredite par une observation simple et des données officielles. Chaque matin, bien avant l’aube, le « maouqaf » d’Inezgane grouille de centaines d’ouvrières et ouvriers agricoles autochtones, se bousculant dans l’espoir d’être embauchés. Cette foule, prête à travailler dans des conditions souvent précaires et des transports à risque, témoigne de l’abondance de main-d’œuvre locale disponible.

Les chiffres du Haut Commissariat au Plan (HCP) pour le 3ème trimestre 2025 viennent renforcer ce constat : le Souss-Massa affiche un taux d’activité de 41,1%, inférieur à la moyenne nationale (43,3%), et surtout, le taux de chômage le plus élevé du pays, atteignant 21,4%. Ces statistiques réfutent catégoriquement l’idée d’une pénurie et pointent plutôt vers un choix délibéré des employeurs.

L’exploitation des travailleurs subsahariens : un modèle économique cynique

Le recours massif à la main-d’œuvre subsaharienne, souvent en situation irrégulière et donc vulnérable, s’explique par les « avantages » qu’elle représente pour les grands exploitants. Ces travailleurs sont contraints d’accepter des conditions de travail dignes d’un autre âge : travail au noir, salaires bien en deçà du SMAG (salaire minimum agricole garanti), absence de cotisations sociales, journées de travail illimitées, hébergement sur les lieux d’exploitation, et un non-respect flagrant de la réglementation sociale. L’absence de contestation et d’organisation syndicale, couplée à des promesses orales et évasives de régularisation, crée un environnement propice à la surexploitation.

À l’inverse, la main-d’œuvre locale, de plus en plus consciente de ses droits, tend à s’organiser et à revendiquer de meilleures conditions. La région a d’ailleurs été le théâtre de manifestations radicales de la « Génération Z », brutalement réprimées, qui ont fait trois morts selon les déclarations officielles. Pour maintenir des marges de profit élevées, le grand capital agraire préfère donc contourner la législation sociale en employant une main-d’œuvre plus malléable et moins coûteuse.

Un capitalisme agraire aux privilèges persistants

Avantages fiscaux et subventions : les piliers d’une croissance à deux vitesses

Le Souss-Massa est le moteur des exportations agricoles marocaines, notamment pour le maraîchage et les agrumes (98% des tomates exportées en 2024-2025, soit 609 000 tonnes sur 621 000, sont issues de cette région, principalement vers l’Union Européenne). Ce succès repose sur un grand capital agraire qui a bénéficié d’un régime fiscal particulièrement clément. Pendant trois décennies (1984-2014), ces acteurs ont joui d’une exonération totale des revenus et bénéfices agricoles. Aujourd’hui encore, ils profitent d’une « faible fiscalisation » due à un contrôle de l’administration fiscale jugé déficient.

De plus, bien que l’agriculture soit hors champ d’application de la TVA, les exportateurs bénéficient d’un droit au remboursement de la TVA sur les intrants et charges liés à leurs activités d’exportation. À ces avantages s’ajoutent des subventions directes du Fonds de développement agricole et la fourniture d’eau d’irrigation par les usines de dessalement à un prix largement inférieur au coût de revient réel. Un soutien public massif qui contraste avec les conditions de travail des ouvriers.

Le lourd tribut d’un modèle prédateur

Impacts sociaux : précarité et absence d’opportunités

Malgré les bénéfices colossaux générés, le grand capital agraire exportateur contribue étonnamment peu à la création d’emplois qualifiés et stables. Les ingénieurs agronomes et techniciens agricoles peinent à trouver des débouchés à la hauteur de leurs compétences. Quant aux travailleurs agricoles, souvent saisonniers, ils sont plongés dans une précarité endémique, avec des journées de plus de 10 heures et des salaires fréquemment inférieurs au SMAG. Les investissements, loin de favoriser un développement équilibré, revêtent souvent un caractère spéculatif, axé sur les infrastructures de conditionnement pour l’exportation ou la revente locale.

Catastrophe environnementale : l’eau, victime silencieuse

Le modèle agricole intensif du Souss-Massa a eu des conséquences dévastatrices sur l’environnement. La région est la première à avoir subi un assèchement dramatique de ses nappes phréatiques, entraînant la destruction d’écosystèmes naturels et une infiltration progressive des eaux océaniques. Si dans les années 1980, l’eau était accessible entre 30 et 50 mètres de profondeur, il faut aujourd’hui forer à 300 voire 500 mètres. Le sous-sol est désormais quasi-sec.

Le recours à l’eau de mer dessalée est présenté comme une « solution technique » pour assurer la continuité de l’irrigation. Cependant, cette approche ne remet pas en question la logique prédatrice sous-jacente. À moyen terme, cette fuite en avant risque de ternir gravement l’image internationale du Royaume, sacrifiant la durabilité pour quelques devises supplémentaires.


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