, le 15 janvier 2026
– Alors que le Maroc se projette vers l’année 2026, l’économiste et spécialiste des politiques publiques, Abdelghani Youmni, esquisse un tableau économique empreint d’un optimisme prudent. Selon ses analyses, les citoyens marocains pourraient entrevoir une légère amélioration de leur pouvoir d’achat, portée par une croissance robuste et un reflux progressif du chômage. Cependant, cette embellie potentielle est tempérée par des vulnérabilités persistantes et des défis structurels majeurs.
Une Dynamique de Croissance Prometteuse
Le Moteur de l’Économie Marocaine en 2026
L’année 2026 s’annonce sous le signe d’une croissance économique significative, potentiellement autour de 5,1 %. Cette performance serait le fruit d’une convergence de facteurs favorables : une reprise vigoureuse de plusieurs secteurs clés, une campagne agricole fructueuse – capable d’ajouter 1,5 point de croissance, soit près de 24 milliards de dirhams au PIB – et une dynamique d’exportation soutenue. Les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique et des engrais sont particulièrement identifiés comme des piliers de cette expansion.
Le tourisme, galvanisé par les préparatifs de la Coupe du Monde 2030 et les investissements massifs dans les infrastructures ferroviaires, routières et hôtelières (évalués à près de 380 milliards de dirhams d’investissements publics, générant un point de croissance supplémentaire), devrait également connaître un essor remarquable. Ces éléments combinés rappellent, selon M. Youmni, le rebond post-crise sanitaire de 2021, où la croissance avait atteint 4,6 %.
Stabilité Budgétaire et Attractivité Extérieure
Sur le front budgétaire, le déficit pourrait se stabiliser autour de 3,9 %, grâce à des efforts de consolidation des finances publiques, une diminution des importations de céréales et de viandes rouges, et des prix du pétrole et du gaz relativement modérés malgré un contexte géopolitique incertain. Les réserves de change devraient demeurer solides, alimentées par des transferts des Marocains résidant à l’étranger dépassant les 100 milliards de dirhams et des recettes touristiques avoisinant les 130 milliards de dirhams. Les exportations des secteurs moteurs pourraient, quant à elles, franchir la barre des 220 milliards de dirhams, contribuant à la stabilité du dirham et à la couverture de plusieurs mois d’importations.
Les Ombre au Tableau : Vulnérabilités et Inégalités
Le Poids de la Dette et les Freins Structurels
Malgré cet élan, des fragilités persistent. La dette publique, qui pourrait excéder 70 % du PIB, représente une contrainte majeure, réduisant les marges de manœuvre budgétaires et alourdissant le coût de son financement. Le marché immobilier résidentiel, quant à lui, reste bridé par le coût élevé du foncier et des revenus encore insuffisants pour une large frange de la population.
Une Croissance Inclusive : Le Défi de la Répartition
La question cruciale demeure : cette croissance profitera-t-elle à tous ? Abdelghani Youmni adopte une position nuancée : si les bénéfices ne seront pas immédiats et homogènes, un effet de ruissellement significatif est attendu. Le monde rural et les agriculteurs seront les premiers bénéficiaires d’une bonne campagne agricole, entraînant une hausse des revenus et une amélioration de la consommation locale. Cette dynamique devrait également soulager le budget des ménages des classes moyennes et populaires grâce à la baisse attendue des prix des produits alimentaires (viandes, céréales, fruits et légumes). L’économiste souligne la corrélation forte entre la croissance agricole et la réduction du déficit commercial, la modération de l’inflation et la stimulation de l’emploi informel, un mécanisme bien documenté par des chercheurs comme Christiaensen et Demery.
Réformes Sociales : Entre Ambition et Réalité du Financement
Santé et Éducation : Des Budgets en Hausse, des Enjeux Cruciaux
Les réformes des secteurs de la santé et de l’éducation sont au cœur des préoccupations. Avec un budget combiné de 140 milliards de dirhams en 2026 (42,4 milliards pour la santé, 97,1 milliards pour l’éducation), le Maroc affiche une volonté claire de renforcer ses services publics régaliens. Cependant, le financement de ces réformes repose encore largement sur les cotisations des salariés du secteur formel et sur le budget général, une base contributive limitée par l’ampleur de l’économie informelle.
Un ralentissement de la croissance ou une envolée de la dette pourrait fragiliser ces équilibres financiers. M. Youmni met en garde contre le risque d’un système de santé et d’éducation à deux vitesses, à l’image du modèle chilien, où un système public sous-financé côtoierait un système privé performant mais inaccessible aux plus modestes.
L’Impératif de la Justice Sociale et l’Opportunité Démographique
La démographie marocaine, avec une population majoritairement jeune et une part de plus de 65 ans encore inférieure à 12 %, offre une fenêtre d’opportunité unique. Cette structure permet d’élargir progressivement l’assiette contributive et d’anticiper les besoins futurs en santé et en personnel soignant. Dans ce contexte, la justice sociale, telle que théorisée par John Rawls, devient une dimension structurante : les politiques publiques ne sont véritablement justes que lorsqu’elles améliorent concrètement la situation des plus défavorisés. Le Maroc est à un carrefour, où les choix économiques et sociaux de 2026 détermineront la trajectoire de son développement inclusif.
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