Pompe à essence ou barils de pétrole symbolisant le marché des hydrocarbures au Maroc.
Économie

Hydrocarbures au Maroc : L’Énigme des Marges Stables Face à l’Envolée des Volumes au T3-2025

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Un Marché en Pleine Ébullition, mais des Marges Sous Surveillance

Le Conseil de la concurrence vient de lever le voile sur les dynamiques du marché des hydrocarbures au Maroc pour le troisième trimestre 2025. Son 8e rapport de suivi, minutieusement détaillé, révèle un paradoxe économique : malgré une augmentation significative des volumes consommés, les marges brutes des distributeurs sont restées globalement stables, voire légèrement érodées pour le gasoil. Une analyse approfondie qui éclaire les mécanismes complexes de ce secteur stratégique, entre croissance des volumes et pressions sur la rentabilité.

Accélération de la Consommation et Détente des Prix Internationaux

Entre juillet et septembre 2025, le marché marocain des carburants a connu une nette accélération. Pas moins de 1,91 million de tonnes ont été absorbées, marquant une progression robuste de 12,4% par rapport à l’année précédente. Cette croissance des volumes contraste étonnamment avec un léger recul de 1,3% de la valeur globale des importations, qui s’établit à 12,73 milliards de DH. Cette divergence s’explique par une conjoncture internationale favorable, caractérisée par une relative détente des prix des produits raffinés, permettant ainsi au Royaume d’importer davantage à un coût total légèrement inférieur.

Une Fiscalité Dynamique et un Secteur en Évolution

La vitalité du marché se reflète également dans les recettes fiscales. Les prélèvements globaux liés au gasoil et à l’essence ont atteint 7,83 milliards de DH, soit une hausse notable de 8,6%. La Taxe Intérieure de Consommation (TIC) demeure la pierre angulaire de cette fiscalité, contribuant à hauteur de 5,95 milliards de DH, représentant les trois quarts des recettes totales. La TVA à l’importation a également suivi cette tendance haussière, s’établissant à 1,88 milliard de DH. Il est à souligner que le gasoil, carburant dominant, a généré à lui seul 6,40 milliards de DH, confirmant son rôle prépondérant dans l’économie et les finances publiques.

Parallèlement, le secteur continue de s’ouvrir à la concurrence, avec l’agrément d’un nouvel opérateur, portant à 33 le nombre total d’entreprises autorisées à importer des hydrocarbures.

Maîtrise Logistique et Stratégie de Distribution

La Mainmise des Majors sur le Stockage

La logistique pétrolière nationale se caractérise par une concentration persistante. Les neuf opérateurs majeurs, sous la loupe du Conseil de la concurrence, détiennent désormais 81% de la capacité de stockage globale du pays, soit 1,27 million de tonnes sur un total de 1,57 million de tonnes disponibles. Cette emprise logistique est le pilier d’un réseau de vente en constante expansion. À fin septembre 2025, le Maroc comptait 3 663 stations-service, enrichi de 46 nouveaux points de vente au cours du trimestre.

Malgré un chiffre d’affaires global de la distribution des neuf majors en recul de 6,2% (18,91 milliards de DH), le volume des ventes a quant à lui progressé de 4,2%, frôlant les deux milliards de litres. Ce décalage entre chiffre d’affaires et volumes de ventes suggère une pression sur les prix de vente finaux.

Transparence sur les Prix et les Marges

Les Arcanes de la Fixation des Prix

Le rapport du Conseil de la concurrence apporte une clarté bienvenue sur la formation des prix à la pompe. Il est rappelé que ces derniers ne sont pas directement liés au cours du pétrole brut, mais aux cotations des produits raffinés sur le marché ARA (Amsterdam, Rotterdam, Anvers), via les références « Platts ».

Au cours du trimestre étudié, la cotation internationale CIF du gasoil a enregistré une hausse cumulée de 0,41 DH/l. En miroir, le prix de vente TTC à la pompe au niveau national a progressé de manière plus modérée, avec une augmentation de 0,27 DH/l. Pour l’essence, la stabilité a prévalu à l’international avec une légère hausse de 0,07 DH/l, se traduisant par une variation de 0,14 DH/l à la pompe.

Coûts d’Acquisition et Prix de Cession : Une Vue Détaillée

Le rapport offre une transparence inédite sur les coûts opérationnels des pétroliers. Pour le gasoil, le coût d’achat moyen hors taxes, incluant le fret, l’assurance et les taxes d’importation, a été estimé à 8,11 DH/l. Les sociétés ont ensuite cédé ce produit aux stations-service en gérance libre à un prix moyen de 9,62 DH/l hors taxes. Concernant l’essence, le coût d’achat s’est élevé en moyenne à 9,09 DH/l HT, pour un prix de cession aux stations de 11,32 DH/l HT.

L’Évolution des Marges Brutes Commerciales

L’examen des marges brutes commerciales révèle des dynamiques contrastées. Pour le gasoil, la marge brute moyenne pondérée s’est établie à 1,48 DH/l, un niveau quasi identique à celui d’un an auparavant. Cependant, cette marge a montré une tendance à l’érosion au fil du trimestre, passant de 1,61 DH/l en juillet à 1,32 DH/l en septembre. L’essence, quant à elle, conserve son statut de carburant plus rémunérateur, affichant une marge brute moyenne de 2,10 DH/l.

Perspectives et Enjeux

Ce 8e rapport du Conseil de la concurrence dessine un tableau nuancé du marché marocain des hydrocarbures. Si l’augmentation des volumes témoigne d’une activité économique soutenue, la stabilité des marges, notamment pour le gasoil, dans un contexte de détente des prix internationaux et de hausse des coûts d’acquisition, soulève des questions sur la capacité des opérateurs à maintenir leur rentabilité sans impacter le consommateur final. La transparence accrue apportée par ces rapports est essentielle pour une meilleure compréhension des dynamiques de prix et pour garantir une concurrence saine et équitable sur un marché vital pour l’économie nationale.


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