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Santé

Écrans et Jeunes Enfants : L’Urgence du Lien Humain Face à la Surstimulation Numérique

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Chronique du psy : Écrans chez les jeunes enfants : Pourquoi le lien humain reste irremplaçable ?

Par Dr Imane Kendili | Psychiatre et auteure. | 15 janvier 2026

Dans nos cuisines du matin, une scène se répète, silencieuse et pourtant éloquente : un tout-petit, captivé par la danse des pixels, délaisse son bol et le regard de sa mère. Ce tableau, devenu banal, masque une réalité profonde : nous avons, parfois inconsciemment, délégué aux écrans un rôle fondamental dans le développement psychique de nos enfants. Or, le cerveau en construction d’un jeune être ne s’épanouit pas devant une surface lumineuse ; il se forge dans la richesse inaltérable de la relation humaine.

Le Cerveau en Éveil : Quand l’Interaction Modèle l’Être

Avant l’âge de six ans, le cerveau est une véritable éponge, une matière vivante qui se sculpte à chaque échange. Un regard croisé, un sourire partagé, une voix qui répond à un babillage, un jeu spontané au sol – ce sont là les véritables nutriments de son développement. L’enfant découvre le monde non pas en observateur passif, mais en acteur d’un dialogue constant, même sans mots. Lorsque l’adulte répond à ses tentatives de communication, quand un visage s’illumine en écho à son propre sourire, un message essentiel s’ancre : « Je suis vu. Je suis entendu. Mon existence a un sens pour quelqu’un. »

Le Silence des Écrans : Une Faille dans le Développement Relationnel

Les écrans, par leur nature, ne peuvent offrir cette réciprocité vitale. Ils captivent, stimulent, et peuvent même, en apparence, apaiser. Mais ils ne voient pas l’enfant, ne s’ajustent pas à son rythme intérieur, ne décodent ni sa fatigue ni ses émotions fluctuantes. Ce décalage, pour un tout-petit, est loin d’être anodin. Il crée une dissonance qui peut entraver l’acquisition de compétences fondamentales.

Les Symptômes d’une Sur-Exposition : Quand le Cerveau Peine à Intégrer

Dans ma pratique clinique, j’observe une recrudescence de difficultés chez les jeunes enfants, souvent liées, sans être exclusives, à une présence prégnante des écrans. Retards de langage, agitation, troubles de l’attention, difficultés de sommeil, colères intenses – ces signaux, bien que non dramatiques, révèlent des enfants qui luttent pour trouver leur équilibre intérieur. Le cerveau immature, particulièrement vulnérable à la surstimulation, est bombardé d’images rapides et de sons incessants. L’enfant regarde, mais ne traite pas ; il reçoit, mais ne transforme pas. Cette passivité entrave sa capacité à se concentrer sur des interactions plus lentes, plus nuancées, comme une conversation ou la lecture d’un livre.

L’Apprentissage du Langage et la Régulation Émotionnelle : Des Processus Humains

Le langage est un exemple frappant. Un enfant n’apprend pas à parler en écoutant des mots, mais en étant activement engagé dans une interaction. C’est le va-et-vient avec un adulte qui parle, attend une réponse, répète et reformule, qui construit cette compétence essentielle. De même, la régulation émotionnelle s’acquiert par l’accompagnement : un adulte qui nomme les émotions, console, et pose des limites sécurisantes. Utiliser l’écran comme un refuge face à la frustration ou la colère prive l’enfant de cette traversée émotionnelle nécessaire, fragilisant sa capacité à se calmer seul et à comprendre son monde intérieur.

La Règle 3-6-9-12 : Un Guide Précieux pour les Parents

Face à ces enjeux, la règle des 3-6-9-12 se présente comme une boussole bienveillante, non culpabilisante, pour les familles :

  • Avant 3 ans : Pas d’écrans

    Le cerveau a besoin d’explorer le monde en trois dimensions, de bouger, de toucher, d’imiter. Une surface plate et lumineuse ne peut remplacer cette richesse sensorimotrice.

  • Avant 6 ans : Pas d’Internet

    Les outils cognitifs de l’enfant ne lui permettent pas de distinguer le réel de la fiction ni de se protéger des contenus inadaptés, même accompagné.

  • Avant 9 ans : Pas de jeux vidéo seul

    Le jeu numérique doit être médiatisé par un adulte pour réguler le temps, décrypter les émotions et maintenir un équilibre avec d’autres activités.

  • Avant 12 ans : Pas de réseaux sociaux

    La maturité émotionnelle nécessaire pour naviguer les enjeux relationnels et la comparaison constante sur les réseaux sociaux n’est pas encore acquise.

Ces repères ne sont pas des dogmes, mais des rappels fondamentaux : les écrans sont des outils, jamais des substituts à la relation.

Cultiver le Lien : Des Gestes Simples, des Effets Immenses

Comment intégrer ces principes au quotidien sans viser la perfection ?

  • Observer : Soyez attentifs aux réactions de votre enfant face aux écrans. Irritabilité, agitation, difficulté à décrocher sont des signaux précieux.
  • Alterner : Proposez des temps d’écran courts et choisis, mais surtout, privilégiez les moments sans. L’ennui est un puissant moteur de créativité et d’autonomie.
  • Accompagner : Si un écran est utilisé, soyez présent. Commentez, expliquez, mettez des mots sur ce qui se passe. Transformez un moment passif en un échange vivant.
  • Expliquer : Même jeune, un enfant comprend le respect. Expliquez pourquoi l’écran est éteint, ce que vous ferez à la place. Des limites claires sont rassurantes.
  • Privilégier l’humain :

    Un repas partagé sans téléphone, une histoire lue le soir, une promenade attentive. Ces instants ordinaires sont les piliers extraordinaires du développement psychique.

Il est crucial de reconnaître que les écrans peuvent aussi devenir un refuge pour des parents épuisés ou isolés. Il ne s’agit pas de juger, mais de comprendre les défis inédits de l’éducation dans un monde hyperconnecté. Si les difficultés persistent, si le développement de l’enfant suscite une inquiétude, consulter un professionnel est un acte de responsabilité et de bienveillance, jamais un échec.

Les écrans ne sont ni des ennemis absolus ni des sauveurs. Ils nous interrogent sur notre rapport au temps, à la disponibilité et, surtout, à la qualité de nos relations. Pour les tout-petits, ils nous rappellent une vérité simple et exigeante : rien ne remplace la richesse et la complexité du lien humain.


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Source: Lien externe

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