Tata face à la pénurie d’eau : Le dilemme de la pastèque
Malgré les récentes précipitations, la province de Tata maintient son interdiction de cultiver la pastèque, une décision qui soulève l’indignation des agriculteurs d’Adiss. Cette mesure, en vigueur depuis 2022 et reconduite en 2024, vise à sauvegarder les précieuses ressources hydriques d’une région fragilisée par des années de sécheresse. Mais une accalmie météorologique temporaire suffit-elle à remettre en question une politique de préservation vitale ? Plongeons au cœur d’une controverse où chaque goutte d’eau est un enjeu crucial.
Un décret controversé face à la soif de la terre
Les autorités de la province de Tata ont récemment réaffirmé l’application stricte d’une décision gubernatoriale interdisant les cultures gourmandes en eau, notamment la pastèque. Au-delà de cette interdiction spécifique, la mesure encadre également l’octroi de permis de forage et limite les prélèvements d’eau dans les zones irriguées. La préfecture de Tata a été claire : malgré une légère amélioration des conditions météorologiques, aucune levée des restrictions n’est envisagée. Les réserves actuelles sont jugées suffisantes uniquement pour l’approvisionnement en eau potable des habitants et les cultures de première nécessité.
La voix des agriculteurs d’Adiss : Accusations de discrimination
En réaction, les agriculteurs de la commune d’Adiss, au sud de Tata, ont exprimé leur mécontentement via un communiqué largement relayé par la presse régionale. Ils y dénoncent une « discrimination » et un « abus de pouvoir », arguant que ces décisions seraient « sans fondement scientifique ni données techniques précises ». Ils contestent l’argument de la sécheresse, soulignant que des provinces voisines comme Taroudant, Tiznit ou Assa ne sont pas soumises à des restrictions similaires. Ce bras de fer entre les autorités locales et les agriculteurs pose la question fondamentale de la pertinence des cultures hydrovores dans une région aussi vulnérable.
Tata : Une province au cœur de la crise hydrique structurelle
Administrativement rattachée à la région Souss-Massa, la province de Tata dépend de l’Agence du bassin hydraulique de Draâ-Oued Noun. Ses ressources hydriques proviennent majoritairement des reliefs de l’Anti-Atlas. Dans cette zone aride, les eaux de surface sont rares et les barrages peu nombreux. Le paysage est traversé par deux oueds intermittents, Tata et Si Rezzoug, qui rejoignent le Drâa mais restent asséchés une grande partie de l’année. L’approvisionnement en eau repose donc principalement sur les nappes souterraines et des pratiques traditionnelles de captage, telles que les khettaras.
L’alerte des scientifiques et l’impact des précipitations
Une étude scientifique de 2020 sur la nappe de Tata a confirmé sa dépendance aux précipitations de l’Anti-Atlas. Plus alarmant encore, elle a révélé que l’exploitation continue des eaux souterraines dépasse largement les capacités de renouvellement naturel, aggravant le déficit et la salinité. Cette surexploitation menace non seulement la disponibilité de l’eau potable, mais aussi la pérennité des cultures actuelles. Les sols s’appauvrissent, affectant les rendements, notamment ceux des cultures fourragères.
L’impact des récentes pluies reste mitigé. Tandis que des villes voisines comme Agadir ou Tiznit ont vu leurs précipitations doubler, Tata n’a enregistré qu’un cumul d’environ 30 mm. Face à ces conditions extrêmes, le projet du barrage de Msalit, en construction, vise à recharger les nappes et à approvisionner les oasis existantes, avec une capacité totale de 30 millions de mètres cubes.
L’agriculture irriguée à la croisée des chemins : Pastèque vs. Palmier Dattier
L’interdiction en vigueur à Tata émane de la Commission provinciale de l’eau, instaurée en 2019 par le gouverneur, dont les avis techniques sont déterminants. Face à des ressources en eau extrêmement limitées, un débat s’installe entre les cultures traditionnelles et les cultures intensives. La question de savoir si « la pastèque consomme plus d’eau que le palmier dattier » ne peut être réduite à un simple calcul hydrique. Il est impératif de considérer la valeur patrimoniale, historique et socio-économique de la filière phoénicicole pour la région, ainsi que sa résilience hydrique. La pastèque, en revanche, est une culture saisonnière et opportuniste, dont l’implantation ne devrait être envisagée que si les conditions hydriques le permettent.
Repenser le modèle agricole pour un développement durable
Historiquement oasienne, la province de Tata a vu ses pratiques ancestrales évoluer. Si les cultures céréalières (environ 15 000 hectares, alimentées par l’excédent) échappent à l’interdiction, la tension se concentre sur la commune d’Adiss, où 80% des terres dépendent de l’irrigation, contre seulement 20% en agriculture pluviale (Bour).
Pour Tata, dont les alternatives économiques sont restreintes, l’agriculture reste le principal moteur de développement. La voie la plus sage consiste à repenser le modèle agricole provincial, en privilégiant des cultures à haute valeur ajoutée mais sobres en eau. L’objectif est clair : préserver la ressource sans sacrifier le développement économique de la région.
Clarifier les périmètres : Une nécessité stratégique
La comparaison établie par les agriculteurs d’Adiss avec d’autres provinces est en réalité incohérente. Les régions citées en exemple bénéficient d’eaux de surface, dont le renouvellement est bien plus rapide que celui des nappes souterraines. C’est le cas en Mauritanie, où la culture de la pastèque est pratiquée aux abords du fleuve Sénégal, profitant d’une ressource renouvelable.
À Tata, face à une nappe difficilement rechargeable, l’activité agricole doit être strictement encadrée, tant en termes d’espace que de volumes consommés. La priorité absolue demeure la sécurisation de l’eau potable et la préservation d’une agriculture vivrière et historique. Même l’enneigement récent dans l’Anti-Atlas, qui pourrait théoriquement permettre une remontée de la nappe après la fonte des neiges, ne justifie pas une extension des activités agricoles. Une telle expansion compromettrait le processus de recharge naturelle et aggraverait la situation hydrique déjà précaire de la province.
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