Maroc : 2026, l’Année de l’Envol Féminin ?
Les femmes marocaines abordent l’année 2026 avec une ambition palpable et des attentes légitimes. Qu’elles soient actrices des sphères politique, économique ou associative, elles portent l’espoir d’une autonomisation accrue, d’une égalité des droits concrétisée par des réformes législatives audacieuses, et d’une reconnaissance pleine et entière de leur rôle pivot dans le développement de la société. Un vent de changement souffle, porté par la volonté de construire un avenir plus juste et équitable.
La Moudawana : Au Cœur des Réformes Sociétales
Au centre des préoccupations et des débats, le projet de la nouvelle Moudawana (Code de la famille) cristallise les espoirs. Initié par S.M. le Roi Mohammed VI, ce chantier sociétal majeur est attendu avec ferveur par les communautés de femmes. Pour Leïla Doukali, Présidente de l’Association des Femmes Cheffes d’Entreprises du Maroc (AFEM), l’heure est à une interprétation modernisée et réaliste des textes, en parfaite harmonie avec les dynamiques de la société marocaine contemporaine.
« Nous attendons ainsi une révision en profondeur des dispositions relatives à la tutelle légale, au mariage des mineures, au droit à la garde des enfants, à l’héritage, et à la responsabilité parentale partagée. Car au-delà des symboles, ce sont des mécanismes structurants qui conditionnent l’émancipation économique et sociale de la femme », affirme-t-elle. Ces vulnérabilités juridiques et sociales entravent encore la pleine participation des femmes au processus de développement national. Une réforme « ambitieuse, co-construite avec la société civile, portée par une volonté politique forte et traduite en mesures concrètes dans la vie quotidienne, permettrait à la femme marocaine de ne plus avoir à choisir entre ses droits et son avenir », insiste la présidente de l’AFEM.
Ghizlane Mamouni, avocate et présidente de l’association Kif Mama Kif Baba, souligne deux principes fondamentaux pour cette réforme : une égalité parfaite en droits et responsabilités entre hommes et femmes, et la primauté de l’intérêt supérieur de l’enfant. Ces principes résonnent avec l’appel du Roi Mohammed VI à une réforme perçue dans un cadre de complémentarité, bénéficiant à l’ensemble de la famille marocaine, « cellule de base de la société ».
Pour concrétiser cette égalité, Ghizlane Mamouni propose des avancées significatives : l’instauration d’un régime d’héritage égalitaire, l’interdiction absolue du mariage des mineurs, la garantie de la tutelle juridique aux mères gardiennes, la reconnaissance légale du travail domestique et éducatif des femmes, l’abolition de la polygamie et la revalorisation des pensions alimentaires. Au-delà d’une simple mise à jour, cette nouvelle Moudawana pourrait redéfinir un cadre de vie plus juste et protecteur pour les femmes. « La Moudawana, c’est un texte qui accompagne nos moments les plus sensibles: se marier, se séparer, protéger ses enfants, organiser sa vie familiale, hériter, etc. Il est important que chaque femme puisse s’appuyer sur un cadre lisible et protecteur, en fait, un cadre plus proche de ses réalités », conclut Samira Khamlichi, Présidente du Club des Femmes Administrateurs (CFA) Maroc.
L’Audace de l’Entrepreneuriat Féminin : Briser les Barrières
En matière d’entrepreneuriat féminin, le constat est unanime : les femmes hésitent encore à se lancer, souvent écrasées par le poids des stéréotypes et confrontées à des obstacles financiers, administratifs et culturels. « Beaucoup de femmes hésitent à entreprendre parce qu’elles doutent de leur capacité, parce qu’elles s’imaginent que l’entrepreneuriat est un terrain réservé aux hommes, ou parce qu’elles redoutent le risque financier. Ce réflexe de sécurité est très culturel. Une femme préfère souvent un salaire stable, même s’il ne correspond pas à son potentiel, plutôt qu’un projet qui dépend d’elle, de sa vision, de sa prise de décision », analyse Soumaya Benjelloun, Présidente de l’Association We4She.
Cependant, l’émergence de figures féminines inspirantes dans l’entrepreneuriat crée un effet d’entraînement positif. Pour amplifier ce mouvement, Soumaya Benjelloun préconise des mesures concrètes : faciliter l’accès au financement via des fonds dédiés, déployer des programmes d’accompagnement sur l’ensemble du territoire (au-delà des grands centres urbains), et lever les freins organisationnels tels que la garde d’enfants, la flexibilité au travail et un partage effectif des responsabilités familiales.
Le financement demeure un défi majeur. Le rapport de l’Observatoire Marocain de la TPME (2022-2023) révèle que seulement 14,6% des entreprises dirigées par des femmes accèdent au crédit bancaire, leur part dans l’encours total ne dépassant pas 11,3%. Face à cette réalité, Leïla Doukali (AFEM) insiste sur la nécessité de créer des mécanismes de financement spécifiques, souples, inclusifs et adaptés aux TPE. Cela inclut « des lignes de crédit dédiées, des garanties ciblées, mais aussi un accompagnement bancaire mieux formé à la diversité des profils féminins ».
Malgré les nombreux dispositifs gouvernementaux, associatifs et partenariats internationaux visant à encourager l’entrepreneuriat féminin, la sensibilisation reste insuffisante. Samira Khamlichi (CFA Maroc) souligne l’importance de « rendre visibles les opportunités et connecter les femmes aux bonnes informations », complétée par un accompagnement bienveillant et personnalisé. « Chaque parcours est unique, et l’écoute joue un rôle déterminant. Lorsqu’une femme se sent comprise et encouragée, elle ose davantage », ajoute-t-elle.
Vers une Parité Politique Transformatrice
Sur le front de la participation politique, Nouzha Skalli, présidente du think tank AWAL Houriates, plaide pour une parité homme-femme véritable. Avec 96 femmes au Parlement, le taux de représentation féminine s’élève à 24,3%, un chiffre encore en deçà de la moyenne mondiale. « Une parité horizontale et verticale, qui se traduirait par un partage du pouvoir entre les hommes et les femmes, est plus que jamais nécessaire. Il s’agit également d’une parité transformatrice, accompagnée d’un rajeunissement et d’un renouvellement des élites politiques », affirme-t-elle, traçant la voie vers une démocratie plus représentative et dynamique pour le Maroc de demain.
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