Le Marché Obligataire Marocain Entame 2026 sous le Signe de la Hausse des Taux
L’année 2026 débute sur une note dynamique pour le marché obligataire marocain. Dès les premières semaines de janvier, les rendements obligataires ont enregistré une hausse perceptible, un mouvement directement corrélé aux premières opérations de levée de fonds initiées par le Trésor. Ce dernier a déjà mobilisé près de 7,5 milliards de dirhams, couvrant ainsi la moitié de son besoin mensuel estimé à environ 15 milliards de dirhams, et donnant le ton pour l’exercice financier en cours.
Les Taux S’Ajustent : Une Pression sur le Moyen et Long Terme
Le marché obligataire marocain est rapidement entré dans le vif du sujet. Les adjudications initiales de l’année ont mis en lumière un besoin de financement conséquent pour le Trésor, dont une part significative a déjà été satisfaite. Cette forte demande se traduit par un ajustement progressif des taux, particulièrement marqué sur les maturités moyennes et longues. En contraste, le marché monétaire maintient une stabilité rassurante, avec des taux courts – le TMP interbancaire et le MONIA – qui restent alignés sur le taux directeur de 2,25%, confirmant l’absence de tensions sur la liquidité à court terme. La liquidité bancaire, jugée confortable, agit comme un amortisseur, prévenant toute flambée brutale des taux.
Un analyste chevronné d’une salle de marché observe : « Sur le marché secondaire, la reprise de l’offre s’est manifestée, dès les premières séances de 2026, par un mouvement haussier visible, avec des rendements orientés à la hausse, surtout sur les segments moyen et long terme. Ces ajustements précoces ont permis au marché de recalibrer les prix post-fin d’année, sans provoquer de désorganisation ni de retrait de la demande. »
Flashback 2025 et Perspectives 2026
Pour rappel, l’année 2025 avait été caractérisée par une tendance baissière générale des rendements obligataires, portée par un environnement de désinflation et un taux directeur stable. Cependant, cette trajectoire avait été ponctuée, notamment à partir de fin septembre, par des hausses techniques sur certaines maturités (1 an et 2 ans), liées à une contraction temporaire de la liquidité et à l’accélération des besoins de financement du Trésor en fin d’exercice.
En ce début 2026, la tendance s’inverse légèrement. Les taux obligataires reprennent une légère pente ascendante, avec une progression de 3 à 4 points de base sur le 2 ans au primaire et de 8 à 12 points de base sur le moyen et le long terme au secondaire, à mesure que le Trésor procède à ses premières levées de l’année.
Les Adjudications du Trésor : Un Indicateur Clé
Les premières adjudications de l’année sont révélatrices. Lors de la séance du 6 janvier 2026 (avec règlement le 12 janvier), le Trésor a levé 4,1 milliards de dirhams sur une demande globale de 6,6 milliards de dirhams, soit un taux de satisfaction de 62%. L’essentiel de la demande s’est concentré sur la maturité 2 ans (échéance juillet 2028), qui a capté près de 85% des montants sollicités. Sur cette maturité, le taux primaire s’est établi autour de 2,55%, marquant une progression de 3 à 4 points de base par rapport à la semaine précédente. Ce mouvement confirme un premier ajustement des rendements face aux besoins de financement élevés dès le début de l’année.
Il est à noter que les maturités courtes (13 semaines et 52 semaines), proposées lors de cette même adjudication, n’ont pas été adjugées, malgré des taux limites se situant entre 2,14% et 2,28%. Cela témoigne d’une préférence marquée des investisseurs pour le segment moyen de la courbe des taux.
Sur le marché secondaire, la tendance haussière est également présente, mais de manière plus graduelle et différenciée selon les maturités. Sur la semaine du 2 au 8 janvier 2026, les taux ont progressé de façon plus significative sur le moyen et le long terme, atteignant notamment +8 à +9 points de base sur le 2 ans, +10 points de base sur le 52 semaines, et jusqu’à +12 points de base sur le 15 ans. À l’inverse, les très courtes maturités, comme le 13 semaines, ont affiché une évolution plus contenue, voire légèrement baissière.
Analyse des Facteurs et Perspectives du Marché
Les experts s’accordent à dire que ces ajustements des taux en début d’année s’expliquent avant tout par le calendrier de financement du Trésor. « Le besoin prévisionnel pour janvier est estimé à environ 15,5 milliards de dirhams, incluant près de 8 milliards de dirhams de tombées à refinancer. Cette reprise des émissions dès les premières séances de l’année a exercé une pression modérée sur les rendements, en particulier sur le segment moyen de la courbe, déjà fortement sollicité lors des adjudications initiales », analyse un spécialiste du marché.
Un autre facteur déterminant réside dans la sélectivité accrue des investisseurs institutionnels. Bien que toujours actifs, ces derniers opèrent des arbitrages plus fins entre les différentes maturités, ce qui explique des hausses mesurées sur certaines lignes, sans pour autant entraîner une dégradation des volumes demandés ou une tension généralisée sur le marché.
En parallèle, les facteurs d’équilibre fondamentaux demeurent solides. La liquidité du Trésor reste confortable, le marché monétaire évolue sans aucune tension, et les taux courts restent fermement alignés sur le taux directeur. La diminution des placements du Trésor sur le marché monétaire confirme que l’enjeu principal est l’absorption de l’offre, et non un assèchement de la liquidité.
Dans ce contexte, l’analyste de marché conclut : « Le marché a su absorber les premières levées de janvier, et la hausse observée sur le secondaire a déjà intégré l’essentiel du besoin de financement à court terme. Tant que la liquidité demeure disponible et que les adjudications sont étalées, la courbe des taux peut rester globalement stable, hormis des ajustements techniques ponctuels sur les maturités les plus demandées. » En d’autres termes, après cette phase initiale d’ajustement, une stabilisation des rendements autour de ces nouveaux niveaux est attendue pour les prochaines séances, avec des variations qui devraient rester limitées et de nature technique.
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