CAN Maroc 2025 : Le Football, Miroir des Ambitions et Identités Africaines
Au-delà des simples prouesses athlétiques et des scores affichés sur le tableau, la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) Maroc 2025 se révèle être un véritable prisme des dynamiques profondes qui traversent le continent africain. Ce « match invisible », bien plus vaste que les affrontements sur le gazon, a été le cœur vibrant de l’émission « L’Info en Face », où le sociologue Mehdi Alioua et le journaliste Rachid Hallaouy ont offert une analyse éclairée. Alors que la compétition a déjà couronné ses quatre demi-finalistes – le Maroc, le Nigeria, l’Égypte et le Sénégal –, l’enjeu dépasse désormais la simple conquête du trophée continental.
Par Souad Badri | 11 Janvier 2026
Le Football, Scène des Passions et des Pouvoirs
Dès les premiers instants de l’échange, une évidence s’impose : le football, et plus particulièrement la CAN, n’est jamais un simple divertissement. En tant que sport le plus populaire d’Afrique, il cristallise des émotions intenses, des récits collectifs et des aspirations profondes que les sphères politiques traditionnelles peinent souvent à éveiller. Pour Mehdi Alioua, cette ferveur n’est ni fortuite ni irrationnelle. Elle s’inscrit dans une série de rituels sociaux authentiques, jalonnant le calendrier collectif, qui offrent aux sociétés un exutoire pour libérer tensions, frustrations et espoirs.
« Le football n’est jamais seulement un jeu. À travers une compétition comme la CAN, ce sont des émotions, des identités, des rapports de force et une image du pays qui se jouent, bien au-delà de la pelouse », affirme l’expert. Dans les gradins comme dans l’arène médiatique, le véritable match se déroule également sur le terrain de l’image, de la reconnaissance et de la mise en scène. Le football se mue en un langage universel, un miroir grossissant des équilibres de pouvoir, mais aussi un espace d’identification immédiate, là où les discours diplomatiques demeurent souvent abstraits ou éloignés du vécu quotidien des citoyens.
« Une CAN parle souvent davantage aux populations qu’un sommet politique, parce que les gens s’identifient plus facilement à des joueurs qu’à des institutions ou à des diplomates », souligne l’invité de « L’Info en Face ».
La CAN, Rituel Collectif et Exutoire Sociétal
Pour Mehdi Alioua, l’engouement populaire qui entoure la Coupe d’Afrique des Nations ne procède ni d’un excès irrationnel ni d’une quelconque improvisation. Il s’inscrit dans un rituel social profondément structuré, ancré dans les pratiques collectives. « Ce que l’on voit dans les stades ou dans les cafés n’est pas spontané : ce sont des rituels sociaux très codifiés, qui permettent à une société de relâcher des tensions accumulées », explique-t-il.
La CAN agit ainsi comme une soupape collective, un moment de suspension du quotidien où l’émotion devient un langage socialement accepté. Cris, débordements verbaux, célébrations parfois exubérantes ne sont pas des anomalies, mais l’expression d’un espace symbolique singulier. « Le football offre un espace où l’on peut exprimer des choses que l’on ne dit pas ailleurs, parfois de manière excessive, mais toujours très révélatrice », insiste M. Alioua.
Dans ce théâtre social, le supporter se transforme en acteur. Le stade, les terrasses de cafés et les réseaux sociaux deviennent des scènes où se rejouent les frustrations sociales, les hiérarchies implicites et les aspirations collectives. « Le match se joue aussi dans les tribunes, dans les coulisses et dans l’image que l’on donne de soi au monde », résume le sociologue, rappelant que le football condense des enjeux bien plus vastes que le simple score final.
L’Africanité Retrouvée : Une Identité Marocaine en Évolution
La CAN Maroc 2025 s’inscrit également dans une séquence identitaire particulière pour le Royaume. Longtemps dominée par le prisme de l’arabité et une orientation euro-méditerranéenne, l’africanité marocaine refait surface avec force. « Jouer la CAN, c’est assumer pleinement son africanité. On ne peut pas vouloir gagner la Coupe d’Afrique des nations sans se reconnaître comme africain », affirme Mehdi Alioua.
Cependant, cette africanité ne s’oppose pas aux autres appartenances ; elle s’ajoute à un ensemble plus large, fait de strates et de nuances. « L’identité n’est jamais un bloc homogène. Nous sommes faits de fragments, d’expériences et d’appartenances multiples, qui s’expriment différemment selon les contextes », explique-t-il. Un même individu peut ainsi se sentir tour à tour marocain, africain, arabe ou panafricain, sans que ces dimensions ne s’annulent.
Le football devient alors un révélateur de cette fragmentation. « On n’est pas la même personne dans un stade de football, dans un café ou dans la vie professionnelle, et c’est parfaitement normal », rappelle le sociologue. Les rivalités observées lors de certains matchs ne sont pas uniquement sportives : elles ravivent des mémoires, des contentieux diplomatiques, des solidarités ou des rejets, parfois inconscients, qui traversent les sociétés.
Le Maroc, Vitrine Continentale et Ambition de Leadership
La CAN Maroc 2025 dépasse largement le cadre d’un simple événement sportif. Par son organisation impeccable, la qualité de ses infrastructures et son exposition médiatique sans précédent, elle s’impose comme une opération de visibilité stratégique pour le Royaume. Aux yeux de Mehdi Alioua, cette compétition constitue un moment clé de projection internationale. « Cette CAN est probablement la plus médiatisée et la mieux organisée de l’histoire, et elle projette une image très forte du Maroc à l’échelle internationale », souligne-t-il.
Le football se transforme ici en un instrument de narration politique. À travers les stades flambant neufs, les pelouses impeccables, la sécurité rigoureuse et une logistique sans faille, le Maroc met en scène sa capacité à accueillir, organiser et livrer un événement continental d’envergure. « En organisant une CAN de ce niveau, le Maroc ne montre pas seulement son football, il montre sa capacité à faire fonctionner un système, à produire de la confiance et à rayonner », insiste le sociologue.
Mais cette mise en lumière n’est pas sans effets collatéraux. En s’affirmant comme vitrine du continent, le Maroc s’expose aussi à la comparaison, voire à la contestation. Certains saluent cette réussite comme un atout collectif pour l’Afrique, quand d’autres y voient l’expression d’une concurrence assumée entre puissances émergentes. La CAN devient alors un terrain symbolique où se mesurent non seulement les équipes, mais aussi les modèles de développement et les trajectoires de leadership. Dans cette configuration, la question du leadership africain s’impose naturellement. Pour Mehdi Alioua, elle ne saurait toutefois se réduire à une logique de domination ou de hiérarchie figée. « Le vrai leadership n’est pas celui de la supériorité affichée ou de l’humiliation de l’autre, mais celui qui accepte le doute, l’erreur et la coopération », affirme-t-il.
La CAN Maroc 2025 place ainsi le Royaume dans une position nouvelle : celle d’un acteur désormais incontournable sur la scène africaine et internationale, dont l’influence dépasse largement les frontières du sport.
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