Cyberviolence : protéger sans interdire, le Maroc table sur la « majorité numérique graduée »
Le Maroc est confronté à une réalité alarmante : les enfants utilisent des plateformes de jeux en ligne et de réseaux sociaux sans supervision parentale effective, exposant ainsi les mineurs à des risques de cyberviolence. Selon les chiffres, 2,1 millions d’enfants marocains âgés de 6 à 17 ans utilisent potentiellement des plateformes comme Roblox, Fortnite ou Free Fire, dont 1,85 million sans supervision parentale.
La cybercriminalité explose
La cybercriminalité a connu une augmentation vertigineuse de 989% en sept ans, passant de 765 affaires en 2017 à 8.333 en 2024. Cette explosion de la cybercriminalité est attribuée à la concentration, sur les mêmes plateformes, de l’ensemble des formes de violence numérique, qualifiée de « convergence criminelle ».
Les métavers sociaux et les plateformes de jeux en ligne
Les métavers sociaux et les plateformes de jeux en ligne massivement multijoueurs sont devenus des terrains de chasse pour les criminels. Ces plateformes sont fondamentalement différentes des jeux vidéo classiques, car elles sont des infrastructures sociales complexes où se déploient des interactions humaines, des économies virtuelles, des hiérarchies sociales et, malheureusement, des formes sophistiquées de violence et d’exploitation.
La typologie de la cyberviolence
L’Observatoire national de la criminalité a identifié cinq vecteurs de menace qui se retrouvent réunis dans un même espace :
1. L’exploitation économique, avec des pratiques de « farming » où des enfants sont recrutés pour récolter de la monnaie virtuelle au profit d’adultes.
2. L’exploitation sexuelle, avec le grooming numérique méthodique, l’utilisation de l’intelligence artificielle générative pour créer des deepfakes pédopornographiques et la sextorsion.
3. La violence psychologique, avec un harcèlement qui ne s’arrête jamais puisque l’univers virtuel persiste en permanence.
4. La criminalité acquisitive, avec le développement d’infostealers ciblant les comptes riches en monnaie virtuelle.
5. L’exposition à des contenus inappropriés.
Les données internationales
Les données internationales viennent corroborer ce diagnostic. L’Opération Kidflix, menée par Europol en 2024-2025, a identifié 1,8 million de fichiers d’exploitation pédopornographique dans des univers virtuels, avec une technique de deepfake par intelligence artificielle générative représentant 34% du corpus.
La situation au Maroc
La situation au Maroc est particulièrement préoccupante. L’analyse d’Interpol révèle que 69,24% des cas africains de sextorsion financière sont concentrés dans le Royaume. Cette configuration résulte de la convergence de plusieurs facteurs : un taux de chômage des jeunes de 37,7% favorisant l’économie criminelle numérique, un multilinguisme facilitant l’exploitation transfrontalière, une infrastructure numérique avancée attirant les criminels organisés et un décalage horaire stratégique permettant l’exploitation continue des victimes européennes et nord-américaines.
Les victimes potentielles non signalées
La plateforme E-Blagh, système national de signalement en ligne, a enregistré 12.614 signalements en six mois. Cependant, les études internationales établissent que seuls 3% des mineurs victimes d’abus en ligne dénoncent les faits. Appliqué au contexte marocain, ce ratio suggère que les 2.523 cas de chantage sexuel signalés via E-Blagh pourraient représenter une réalité de 250.000 à 300.000 victimes potentielles non signalées.
La réponse nationale
Face à cette réalité, le Maroc table sur la « majorité numérique graduée », qui vise à protéger les enfants sans interdire les plateformes de jeux en ligne et de réseaux sociaux. Cette approche nécessite une réponse nationale intégrée, impliquant les magistrats, les experts sécuritaires et les représentants institutionnels.
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